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HAMA et CESCE : la représentativité des artistes tchadiens au cœur d’une controverse

Entre exigences administratives, carte du BUTDRA, conditions de candidature et rôle des corporations professionnelles, le communiqué ministériel N° 20/PR/PM/MDTCA/SG/2026 suscite des interrogations sur la transparence et l’équité du processus de désignation des représentants du monde artistique et culturel tchadien.

La désignation des représentants du monde des arts, de la culture, des lettres et de l’artisanat au Conseil économique, social, culturel et environnemental (CESCE) et à la Haute Autorité des Médias et de l’Audiovisuel (HAMA) est désormais au centre d’un débat qui dépasse la simple procédure administrative. Au cœur des préoccupations : les conditions de participation des professionnels, la légitimité des électeurs et la place accordée aux organisations professionnelles dans le choix de leurs représentants.

Dans un communiqué portant le numéro N° 20/PR/PM/MDTCA/SG/2026, le ministère du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat a annoncé les modalités relatives à ce processus. Mais les conditions évoquées soulèvent plusieurs interrogations au sein du monde culturel, notamment sur leur fondement juridique et leurs conséquences pour les artistes qui ne disposent pas nécessairement de tous les documents administratifs exigés.

La première question concerne la légitimité du processus : les artistes auront-ils réellement la possibilité de choisir leurs représentants ou leur participation sera-t-elle conditionnée par des mécanismes administratifs susceptibles de restreindre leur accès au scrutin ?

Des conditions administratives qui interrogent

Le débat porte notamment sur l’éventuelle exigence du baccalauréat pour les candidats. Une telle condition mérite d’être examinée au regard des textes applicables et de la nature même des fonctions de représentation.

En effet, représenter les artistes ne revient pas à postuler à un emploi administratif. Il s’agit de défendre les intérêts d’un secteur professionnel, d’en maîtriser les réalités et de porter les préoccupations de ses acteurs auprès des institutions nationales.

Un musicien ayant trente années d’expérience, un chorégraphe reconnu, un comédien ayant consacré sa vie au théâtre ou un artisan détenteur d’un savoir-faire traditionnel peuvent-ils être écartés au seul motif qu’ils ne possèdent pas le baccalauréat ?

La question mérite d’être posée. Si cette exigence figure dans les textes, le ministère doit en préciser la base juridique. Dans le cas contraire, son application pourrait constituer un obstacle injustifié à la représentativité du secteur culturel.

Le diplôme est certes un acquis important, mais il ne saurait, à lui seul, déterminer la compétence, l’expérience et la légitimité professionnelle d’un acteur culturel.

La carte du BUTDRA peut-elle devenir un critère d’exclusion ?

Autre point sensible : l’exigence d’une carte d’adhésion au Bureau tchadien du droit d’auteur (BUTDRA) pour les artistes et créateurs concernés.

Si le BUTDRA joue un rôle essentiel dans la protection des droits des auteurs et des créateurs, sa mission ne doit pas être confondue avec celle des organisations professionnelles chargées de représenter les différentes disciplines artistiques.

Tous les professionnels de la culture ne disposent pas nécessairement de cette carte. Certains exercent depuis plusieurs décennies dans la musique, la danse, le théâtre, la littérature ou les arts traditionnels sans avoir accompli les démarches administratives nécessaires.

Leur contribution à la culture nationale est pourtant incontestable.

Dès lors, sur quelle disposition juridique repose l’obligation éventuelle de détenir cette carte pour participer à la désignation des représentants ? Le ministère doit apporter une réponse claire afin d’éviter que cette exigence ne devienne un mécanisme indirect d’exclusion.

La protection du droit d’auteur et la représentativité professionnelle sont deux questions distinctes. L’une ne devrait pas automatiquement conditionner l’autre sans fondement juridique explicite.

Les corporations professionnelles doivent-elles être consultées ?

Au-delà des documents administratifs, c’est la question du rôle des corporations professionnelles qui cristallise les préoccupations.

Traditionnellement, les différentes disciplines artistiques disposent de leurs propres mécanismes d’organisation et de reconnaissance. Musiciens, danseurs, comédiens, écrivains, plasticiens, cinéastes et artisans connaissent leurs réalités professionnelles et sont les mieux placés pour identifier les personnes capables de porter leurs revendications.

Pourquoi ne pas leur accorder une place centrale dans la constitution du collège électoral ?

L’administration a naturellement le devoir de veiller au respect des textes et à la régularité du processus. Toutefois, cette responsabilité ne devrait pas conduire à écarter les organisations professionnelles des mécanismes de désignation lorsque les dispositions applicables leur reconnaissent un rôle.

La légitimité d’un représentant repose avant tout sur la confiance de ceux qu’il est appelé à représenter. Elle ne peut être uniquement le résultat d’une sélection administrative.

Une concertation préalable avec les différentes corporations aurait permis de prévenir certaines incompréhensions et de renforcer l’adhésion des acteurs culturels à cette démarche.

Des démarches qui risquent de pénaliser les artisans des provinces

La question du dépôt des candidatures constitue également un sujet de préoccupation, notamment pour les professionnels de l’artisanat.

Pourquoi imposer le dépôt des dossiers exclusivement au siège du CESCE à N’Djaména ? Une telle disposition est-elle expressément prévue par les textes ?

Pour un artisan installé dans une province éloignée de la capitale, effectuer ce déplacement représente des dépenses supplémentaires et une interruption de ses activités professionnelles.

Dans un pays où les réalités économiques et les moyens d’accès aux services administratifs varient considérablement d’une province à l’autre, une procédure véritablement inclusive devrait tenir compte de ces contraintes.

Le dépôt des candidatures auprès des services déconcentrés compétents ou par l’intermédiaire de structures professionnelles habilitées pourrait constituer une alternative, sous réserve de sa conformité aux textes.

L’enjeu est simple : garantir que les professionnels des provinces disposent des mêmes possibilités de participation que ceux établis à N’Djaména.

La transparence, une exigence de légitimité

L’ensemble de ces interrogations renvoie à une préoccupation fondamentale : la transparence du processus.

Lorsque les critères de candidature ne sont pas suffisamment explicités, que les conditions documentaires suscitent des incompréhensions et que le rôle des corporations reste à clarifier, la confiance des professionnels risque de s’affaiblir.

Il ne s’agit pas d’affirmer l’existence de manœuvres ou de favoritisme, faute d’éléments permettant de l’établir. Il s’agit plutôt de prévenir toute situation susceptible de donner le sentiment que certaines catégories d’acteurs bénéficient d’un accès privilégié au processus de désignation.

Le ministère doit donc préciser les fondements juridiques des conditions annoncées, les modalités de constitution du collège électoral ainsi que les responsabilités respectives de l’administration et des organisations professionnelles.

La loi organique N° 021/AN-SENAT/2026, invoquée dans le débat, mérite également d’être examinée à travers ses dispositions pertinentes afin de déterminer clairement les règles applicables.

Des représentants pour défendre les artistes, pas pour occuper des sièges

La désignation des représentants du monde artistique et culturel au CESCE et à la HAMA ne doit pas se transformer en une simple formalité institutionnelle.

Les personnalités appelées à siéger dans ces institutions doivent être capables de défendre les intérêts de leurs secteurs, de porter leurs préoccupations et de contribuer réellement aux décisions qui concernent l’avenir des arts et de la culture au Tchad.

Les artistes ne doivent pas être réduits au rôle de simples figurants dans des institutions censées assurer leur représentation.

Le pays compte des professionnels dont l’expérience, les réalisations et la contribution au patrimoine national méritent d’être reconnues. Certains possèdent des diplômes universitaires, d’autres ont acquis leur expertise au fil de longues années de pratique. Tous ne doivent pas être jugés selon un modèle administratif unique, sans tenir compte des particularités de leurs métiers.

La culture ne se construit pas uniquement dans les bureaux. Elle se transmet également dans les ateliers, les scènes, les studios, les espaces de création et au sein des communautés.

Le ministère face à ses responsabilités

Face aux préoccupations soulevées par le communiqué N° 20/PR/PM/MDTCA/SG/2026, le ministère du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat est attendu sur des clarifications précises.

Il lui appartient de justifier les conditions annoncées par les textes applicables, de garantir l’égalité de traitement entre les professionnels et d’ouvrir un cadre de concertation avec les organisations représentatives des différentes disciplines.

Les artistes tchadiens ne réclament aucun privilège. Ils demandent simplement que leur expérience soit reconnue, que leurs organisations soient respectées et que les règles de désignation de leurs représentants soient transparentes.

Car au-delà des sièges à pourvoir au CESCE et à la HAMA, c’est la crédibilité de la représentation du monde artistique et culturel qui est en jeu.

Le ministère est le garant institutionnel de la culture tchadienne, mais il ne saurait se substituer à ceux qui la font vivre. La représentation des artistes doit être construite avec eux, et non décidée à leur place.

Abdraman Mbang Bousso

Ancien conseiller

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