La lutte contre la corruption est une exigence démocratique. Les citoyens ont le droit de demander des comptes aux gestionnaires des deniers publics, et la presse à le devoir d’enquêter sur toute suspicion de mauvaise gouvernance.
Mais cette noble mission impose une règle fondamentale : les accusations doivent être étayées par des preuves.
Le récent article publié par un confrère contre le Ministre de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Mahamat Assileck Halata, soulève une question essentielle : l’information présentée relève-t-elle d’une enquête journalistique ou d’un réquisitoire sans démonstration ?
L’émotion ne tient pas lieu de preuve
Le texte accumule des accusations particulièrement graves : détournement de fonds publics, projets fictifs, enrichissement illicite et manipulations financières. Pourtant, à sa lecture, le lecteur peine à trouver les éléments matériels qui permettraient de transformer ces allégations en faits établis.
Ni rapport d’audit, ni décision judiciaire, ni document officiel, ni preuve comptable ne viennent soutenir les affirmations avancées. L’utilisation répétée d’injures et de qualificatifs dévalorisants ne saurait remplacer le travail d’investigation. Dans le journalisme, l’émotion ne tient pas lieu de preuve, pas plus que la conviction personnelle ne vaut démonstration.
Un procès médiatiques
Le débat autour du projet de cité industrielle intelligente mérite pourtant un traitement sérieux. Les Tchadiens sont en droit de connaître les contours du projet, ses partenaires, son mode de financement, son calendrier de réalisation et les garanties apportées par l’État. Voilà les véritables questions auxquelles le débat public doit répondre.
Si des irrégularités existent, elles doivent être démontrées par des faits vérifiables et soumises aux institutions compétentes. C’est à la justice, aux organes de contrôle et aux autorités habilitées qu’il revient de qualifier d’éventuelles infractions, non aux réseaux sociaux ni aux procès médiatiques.
Informer les citoyens avec impartialité
La crédibilité de la presse repose sur son indépendance, mais aussi sur sa rigueur. Une accusation non démontrée peut porter durablement atteinte à une réputation, tout en exposant son auteur à répondre de ses affirmations.
Nous demeurons convaincus que le journalisme ne consiste ni à protéger les responsables publics ni à les condamner sans preuve. Il consiste à rechercher la vérité, à confronter les versions, à vérifier les faits et à informer les citoyens avec impartialité.
L’information est un bien public
Nous invitons donc notre confrère, dans l’intérêt de la profession et du droit du public à une information fiable, à publier les éléments de preuve sur lesquels il fonde ses accusations. Si ces preuves existent, elles doivent être rendues publiques et transmises aux autorités compétentes. Si elles n’existent pas, alors l’éthique journalistique commande la retenue.
La presse tchadienne gagnera en crédibilité lorsqu’elle fera prévaloir les faits sur les invectives, les preuves sur les rumeurs et l’investigation sur la polémique. C’est à ce prix qu’elle continuera d’être un véritable contre-pouvoir au service de la démocratie et de l’intérêt général.




