À la suite de l’attaque d’Oregomel, les autorités tchadiennes ont annoncé l’arrestation d’une vingtaine de suspects et le renforcement des dispositifs sécuritaires sur l’ensemble du territoire, dans l’attente de l’ouverture des procédures judiciaires. Malgré ces mesures, la question de l’impunité reste posée, notamment dans plusieurs affrontements meurtriers survenus en 2023 et 2024 entre éleveurs et agriculteurs.
Libertés publiques sous surveillance
Le climat des libertés d’expression et d’association a été marqué par plusieurs tensions. Le 14 juin, le procureur de la République de N’Djamena a mis en garde les journalistes et membres de la société civile contre toute tentative d’enquête indépendante sur le massacre de Mandakao, évoquant des risques de poursuites pour « enquêtes parallèles ». Une position vivement critiquée par des organisations de défense de la presse, qui y voient une entrave au droit à l’information.
Dans la même dynamique, la Haute Autorité des médias et de l’audiovisuel a appelé, le 25 juin, à la responsabilité des médias en période de crise. Quelques semaines plus tard, des organisations internationales ont signalé des cas de surveillance, d’intimidation et d’autocensure touchant des journalistes.
Sur le plan politique et associatif, plusieurs organisations ont été dissoutes ou interdites, dont l’Association des jeunes pour l’animation et le développement rural, la Coordination nationale des jeunes pour la paix et le développement, ainsi que certaines structures liées à des mouvements citoyens et de la société civile.
Les autorités invoquent des motifs d’ordre public et de non-conformité au cadre juridique en vigueur.
Une crise éducative persistante
Dans le secteur de l’éducation, la situation demeure préoccupante. Selon l’UNICEF, plus de 849 000 enfants restent non scolarisés dans l’est du pays, dont une majorité issue de communautés d’accueil et de populations réfugiées ou retournées. Le déficit en infrastructures scolaires est estimé à environ 2 900 salles de classe, tandis que le financement disponible ne couvrirait qu’une faible partie des besoins urgents.
Violences basées sur le genre : des avancées encore limitées
Sur le plan des droits des femmes et des filles, le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes s’est félicité de l’adoption d’une nouvelle loi visant à prévenir les violences basées sur le genre.
Toutefois, l’institution onusienne souligne la persistance de violences sexuelles et domestiques, ainsi que la faiblesse des réponses judiciaires.
Le Comité déplore notamment le faible nombre de poursuites et de condamnations, ainsi que la légèreté des sanctions. Il alerte également sur la stigmatisation des victimes et le recours fréquent à des mécanismes de médiation traditionnelle qui limiteraient l’accès à la justice.
Les recommandations formulées insistent sur le renforcement de l’accès à l’aide juridique, la mise en place de structures d’accueil adaptées, l’amélioration des soins médicaux et psychosociaux, ainsi que la formation des acteurs judiciaires et sécuritaires à la prise en charge des violences de genre.




