Dans son message à la Nation du 31 décembre 2025, le Président de la République, Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a livré un discours dense, structuré autour d’un double axe : dresser le bilan de l’année 2025 et projeter l’action gouvernementale pour 2026. Une allocution à forte portée politique, marquée par la consolidation institutionnelle, les annonces sectorielles et un appel appuyé à l’unité nationale.
Une transition revendiquée comme achevée
Sur le plan institutionnel, le Chef de l’État présente 2025 comme l’année de l’achèvement du processus de transition. La mise en place d’un Parlement bicaméral et l’élection des Conseils provinciaux sont mises en avant comme des acquis majeurs, censés jeter les bases d’une décentralisation effective. Le Président annonce pour 2026 un transfert progressif de compétences et de ressources vers les collectivités territoriales, un chantier attendu mais dont la mise en œuvre reste l’un des tests majeurs de la gouvernance à venir.
Les infrastructures et l’énergie, piliers du discours économique
Le discours accorde une place centrale aux infrastructures, présentées comme le socle du développement socio-économique. L’ouverture de nouveaux ponts, la réalisation de centaines de kilomètres de routes bitumées et l’entretien des pistes rurales sont citées comme des avancées concrètes. Dans le secteur énergétique, la réforme avec la création de Tchadelec et l’ouverture au secteur privé traduisent une volonté de rompre avec les dysfonctionnements chroniques. La centrale solaire de Djarmaya est érigée en symbole de cette nouvelle orientation, même si la question de l’accès équitable et durable à l’électricité demeure cruciale pour les populations.
Agriculture, santé et éducation : des priorités réaffirmées
L’agriculture et l’élevage sont présentés comme les moteurs traditionnels de l’économie tchadienne, avec un appel à un changement de paradigme axé sur la transformation locale et l’industrialisation. Dans le secteur de la santé, le Président reconnaît implicitement les faiblesses persistantes, en insistant sur la qualité des soins, la gestion du système et le recrutement local du personnel médical.
L’éducation occupe également une place stratégique dans le discours. Face à la baisse du niveau scolaire, le Chef de l’État annonce un « traitement de choc » fondé sur la performance des enseignants, l’adaptation des programmes et l’évaluation régulière. Une reconnaissance est accordée à l’enseignement supérieur, tout en soulignant la nécessité d’investissements techniques lourds pour répondre aux besoins du marché de l’emploi.
Gouvernance, justice et lutte contre la corruption : un message d’équilibre
Sur le terrain de la gouvernance, le Président adopte un ton à la fois ferme et prudent. Il appelle à une lutte rigoureuse contre la corruption, tout en mettant en garde contre toute instrumentalisation de l’Autorité indépendante chargée de cette mission. Le retrait du Chef de l’État du Conseil supérieur de la magistrature est présenté comme un geste fort en faveur de l’indépendance de la justice, alors que les dysfonctionnements judiciaires sont clairement dénoncés.
Jeunesse, femmes et cohésion sociale au cœur du narratif politique
Le discours se veut inclusif, avec une attention particulière portée à la jeunesse, aux femmes et aux personnes vivant avec un handicap. Les investissements dans le sport, l’institution d’un Prix d’Excellence pour la Jeunesse et les réformes en faveur des droits des femmes traduisent une volonté affichée d’élargir la base sociale de l’action publique. La valorisation de la diversité culturelle et le classement du « Guruna » au patrimoine mondial de l’UNESCO renforcent cette dimension identitaire et symbolique.
Diplomatie régionale et sécurité : la continuité stratégique
Sur le plan régional, le Tchad se positionne comme un acteur de stabilité. L’accueil massif des réfugiés soudanais est présenté comme un devoir humanitaire, mais aussi comme un fardeau nécessitant un soutien international accru. La lutte contre le terrorisme au Sahel et dans le bassin du Lac Tchad demeure une priorité stratégique, avec un appel à une réponse internationale plus coordonnée.
Entre volontarisme politique et attentes sociales
En filigrane, le discours trace les contours d’un pouvoir soucieux de légitimer son action après la transition, en mettant en avant le Plan National de Développement « Tchad Connexion 2030 » et la mobilisation annoncée de 20 milliards de dollars. Reste que l’enjeu majeur de 2026 sera la traduction concrète de ces engagements dans le quotidien des Tchadiens, confrontés aux défis du coût de la vie, de l’emploi et de l’accès aux services sociaux de base.
En définitive, ce message à la Nation apparaît comme un discours de cap et de consolidation, mêlant bilan politique, promesses économiques et appels à la cohésion nationale. Sa crédibilité se jouera désormais moins dans les annonces que dans la capacité de l’État à produire des résultats tangibles et perceptibles par les citoyens.
Tchad : un discours de cap, entre bilan institutionnel, promesses sociales et défis persistants
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