À Pala, la cérémonie de remise de vélos aux agents communautaires sanitaires a été présentée comme une réponse aux difficultés d’accès aux soins. Mais sur le terrain, le geste sonne creux. Car lorsqu’on confie à des agents la responsabilité de sauver des vies, de prévenir les épidémies et de couvrir des dizaines de villages, on ne peut se contenter de solutions au rabais.
Les agents communautaires ne sont pas des bénévoles occasionnels. Ils sont le socle invisible du système de santé, souvent les seuls visages de l’État dans les zones reculées. Les voir réduits à pédaler sur des pistes dégradées, sans protection, sans moyens médicaux adéquats, ni reconnaissance financière, relève moins de l’appui que de la banalisation de leur sacrifice.
Cette initiative, aussi bien intentionnée soit-elle, révèle une logique préoccupante : faire beaucoup de communication avec peu de moyens réels. Le vélo devient alors un symbole, non pas d’efficacité, mais de la distance entre les discours officiels et la réalité vécue par ceux qui sont en première ligne.
Plus grave encore, cette démarche entretient l’illusion qu’un problème structurel peut être réglé par des actions ponctuelles. Or, la santé communautaire exige des investissements durables, des carrières sécurisées, des formations continues et des conditions de travail décentes.
En définitive, ce que demandent les agents communautaires n’est pas un geste spectaculaire, mais le respect de leur rôle et de leur dignité. À défaut, ces cérémonies risquent de rester dans les mémoires non comme des avancées, mais comme des épisodes d’humiliation institutionnelle.




