LES ENFANTS DE LA RUE SE DROGUENT AVEC LE RÉSIDU DES BOISSONS

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Les enfants de la rue, déjà au crépuscule courent par ci et  là à la recherche de résidu des boissons. Cette opération se fait dans des différents bars et alimentations de N’Djamena. La pratique dure depuis quelques temps. Ceux-ci cherchent à se droguer au maximum dans l’espoir d’avoir le sommeil et ne pas sentir le froid ni la piqûre des moustiques. De ce fait, quels sont les dangers qu’en courent ces derniers et à qui la faute ?

A la tombée de la nuit, les enfants de la rue munis de panier ou sac à plastic contenant des bouteilles d’eau vide partent à la recherche de résidu des boissons abandonnées. Ce sont des enfants de 07 à 18 ans et plus. Ils effectuent leur opération le plus souvent dans des coins les plus animés auxquels nous avons le quartier Chagoua, Dembé et Moursal. D’après les échanges qu’on a eu avec ces enfants, beaucoup ont quitté leurs parents sous l’emprise de la torture et de la recherche des activités génératrices. Abbas est l’un de ces jeunes, enfants de la rue qui nous donne son témoignage : «  moi j’ai quitté mes parents, parce que je vis avec ma maman qui s’est remarié après la mort de mon père. Son second mari ne m’aime pas. C’est pour quoi, pour éviter la torture j’ai quitté la maison et trouvé refuge à la rue. Ma maman s’appelle Neloum Adeline, elle fait de petit commerce à côté de pont étroit de walia, elle vit toujours à Walia Ngosso. J’ai quitté l’école en classe de 5e et j’ai déjà 04 ans dans la rue, je viens parfois rendre visite à ma mère ». Plus les années s’augmentent plus l’on se rend compte que le nombre de ces enfants  va grandissant. Djibrine Hassan  traverse la même situation que Abbass. Il nous a confié qu’il a un oncle paternel mais qui le déteste et sa maman vit au quartier Atrone. Ces enfants qui regagne la rue tous ne sont pas manqués des parents, d’autres en ont mais préfèrent la rue.

Pour Abdoulaye Achour citoyen tchadien, qu’il émane d’abord de la responsabilité des parents parce que, s’ils se sentent incapables d’élever l’enfant, le mieux c’est de ne pas faire des enfants. Il poursuit sans perdre de vue la société et les gouvernants qui ont eux aussi leur part de responsabilité à ce qui arrive maintenant aux enfants. De sa part, qu’il est prêt de suivre un enfant qui peut s’engager pour sa réinsertion sociale même si les temps sont durs.    

A la question de savoir pourquoi prennent-ils le résidu des boissons, les enfants mineurs comme majeur n’ont qu’une réponse identique : « nous prenons le résidu de boissons parce que nous sommes incapable d’acheter. Et nous buvons cela pour ne pas sentir le froid, et ni la piqure des moustiques afin de bien dormir».  Ces enfants ne mélangent pas non seulement les différentes boissons pour  boire, ils utilisent aussi la colle  de chambre à air  et certains comprimés dans le même cadre.

Pourquoi cet envi quotidien de se droguer ?

Avant de répondre à cette question le sociologue M. Mbeté Nangbatnant Félix avance plus des raisons qui poussent les enfants à vivre dans la rue : « les causes qui renvoient les enfants dans la rue sont souvent familiales. Compte tenu des difficultés, les enfants dont les parents décèdent, dans l’ancien temps les autres parents les prennent en charge, mais maintenant quand certains enfants vivent avec ces parents, ils sont maltraités par les parents adoptifs. Ils sont venus en ville parce qu’on croyait les scolariser mais ils sont soumis à des tâches domestiques et traités comme les petits esclaves et sont mal nourris. Voilà pourquoi ils quittent la maison ».  En ce qui concerne le goût porté à l’alcool par les enfants de la rue, le sociologue dit ceci : « généralement les enfants doivent être sous la protection des adultes, des aînés, mais ils n’ont plus la protection familiale. Ils se droguent pour supporter la souffrance qu’ils subissent dans la rue et ils sont exposés à la pédophilie. Dans la rue les gros poissons avalent les petits poissons».

Quels sont les dangers liés à la consommation de résidu de l’alcool ?

Dr Ngombaye Djaïbé, ancien ministre de la santé publique déclare : « Quand on fouille dans une poubelle, on ne trouve que la saleté et on n’est exposé à ce qu’on appelle une infection. Toutes les infections sont dans des poubelles. Le meilleur endroit pour trouver EBOLA, le cholera etc. Ces enfants prennent des résidus, sans savoir si ce type souffre de tuberculose, ils peuvent aussi attraper la typhoïde, la gastroentérite. Si le type qui a but et s’il n’a pas désinfecté, il peut transmettre par le goulot sa maladie et en gelant on ne désinfecte pas comme on boit au clairon. Un enfant ne doit pas boire de l’alcool, les conséquences sont énormes et incalculables sur les organes comme le foie, le rein, le cerveau. L’alcool peut conduire à des actes délictueux. C’est autant des choses qui font qu’on ne doit pas laisser les enfants dans la rue. Si l’État avait des moyens, il devait prendre en charge ces enfants, mais la meilleure façon de prendre en charge ces enfants, c’est avant qu’ils ne soient dans la rue. Il faut réagir par rapport aux maltraitances des enfants dans le monde entier cela se fait mais pourquoi pas au ici ». Pour répondre à l’une de nos inquiétudes nous avons saisi la mairie du 6e arrondissement l’endroit auquel vit le plus cette pratique.

Le maire adjoint Abakar Khamis dixit : « la rue n’enfante pas, ce sont des enfants des responsables parfois ce sont des pères de famille irresponsables qui laissent leurs enfants dans la rue. Parfois, ces enfants n’arrivent même pas du tout expliquer leur présence dans la rue, donc les raisons sont diverses. Boire le résidu des boissons ou manger le reste du repas de quelqu’un d’autres, c’est une pratique très dangereuse et moi j’avais déjà évoqué une fois lors d’une réunion avec les opérateurs économiques, que les détenteurs des bars et restaurants ne doivent pas laisser les enfants venir manger le reste de repas ou boire le reste de boisson. A notre niveau on peut convoquer les détenteurs de bars et restaurants pour les donner une décision ferme. Désormais aucun enfant ne doit manger le reste du repas ou boire le résidu de boisson ».   Refuser le reste du repas ou de boisson à l’enfant de la rue, c’est de le protéger contre toute maladie. Conclue le maire adjoint du 6e arrondissement.

Il est à signaler que le centre de réinsertion de ces jeunes de Koundoul évolue en dent de scie. La majorité de ces enfants dorment sous les viaducs, au marché Dembé et dans d’autres recoins de la capitale.

 

 

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