En l’espace de quelques jours, Mamadi
Doumbouya, président de la Guinée, a posé des actes lourds de conséquences pour l’État et la vie politique nationale. Le rappel de douze ambassadeurs en poste sur trois continents et la dissolution de dizaines de partis politiques ne doivent pas être perçus comme de simples mesures techniques : ils témoignent d’une stratégie claire de recentrage du pouvoir autour de l’exécutif.
Parmi les diplomates rappelés figurent des noms bien connus : Alsény Môbha Sylla en Côte d’Ivoire, Siaka Sissoko au Nigeria et auprès de la CEDEAO, Fatoumata Kaba aux États‑Unis, Senkoun Sylla en France, ainsi que les représentants guinéens en Chine, Allemagne, Russie, Éthiopie (Union africaine), Italie, au Ghana ou encore devant l’Organisation internationale de la Francophonie.
Ces départs, officiellement motivés par une rotation et une remise à niveau de la diplomatie nationale, ont d’abord l’effet d’une remise en question des relais de la Guinée sur la scène internationale. À défaut de nommer immédiatement des successeurs, ces chancelleries seront dirigées par des chargés d’affaires, signe que l’exécutif entend reprendre la main sur les flux d’influence et d’information entre Conakry et le monde.
Mais c’est sans doute dans l’espace politique intérieur que la secousse est la plus nette. La publication d’un décret dissolvant près de 40 partis politiques, dont les plus importants comme l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) ou l’Union des Forces Républicaines (UFR), marque une rupture sans précédent dans l’histoire politique contemporaine du pays. Ces formations, qui structurent l’opposition ou ont porté des présidents à la tête de la nation, se retrouvent aujourd’hui interdites de fonctionnement pour non‑conformité à des règles administratives — selon les autorités.
On peut entendre la volonté affichée de rappeler que nul n’est au‑dessus de la loi, que toute organisation politique doit respecter des normes claires. Mais dissoudre massivement les partis, sans alternative crédible et transparente, risque de réduire davantage l’espace démocratique et de fragiliser encore la confiance des citoyens dans leurs institutions.
Dans un pays qui cherche à tourner la page des crises politiques répétées, ces décisions interrogent : s’agit‑il d’un nettoyage salutaire pour refonder une gouvernance plus rigoureuse, ou d’une concentration du pouvoir au détriment du pluralisme politique et de l’expression démocratique ? La Guinée, aujourd’hui, est à cette croisée des chemins.




