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EDITO : Une démocratie illogique, une forme de combat politique à la chasse à l’homme

L’année 2019 est pire que les précédentes. Quelle orientation politique devra-t-on donner à ce qui se passe au Tchad depuis le début de l’année ? Quelle pensée politique pourrait-on en tirer ? Si ce n’est qu’un « sport de combat » qui ne dit pas son nom et qui, aux yeux du pouvoir en place est le plus cher, refusant tout partage de pouvoir qui est par excellence, « le pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple ».

La chose la plus ubuesque qui mérite des explications ici, est pourquoi autoriser à créer un parti politique si ces derniers ne peuvent avoir droit de cité. Ou bien encore pourquoi garder le mot « Multipartisme » ?

La leçon infligée au mouvement « Les Transformateurs » par les forces de l’ordre illustre bien davantage « la chasse à l’homme ». C’est depuis le 14 novembre 2018 que le mouvement a déposé son dossier de législation au ministère de l’intérieur. Entretemps, le ministre n’a pas réagi sur les irrégularités ni légalisé le mouvement. Au terme de l’article 15 de la charte des partis politiques qui dispose ceci : « Dans le cas où l’arrêté d’autorisation de fonctionner n’est pas pris dans un délai de six (6) mois prévu à l’article 14 ci-dessus, le dossier de déclaration est réputé conforme à la loi ». Et donc, le mouvement a bel et bien le droit de fonctionner comme un parti politique reconnu. C’est fût le cas de beaucoup de partis politiques au Tchad qui se sont présentés aux élections législatives et présidentielles.

Bien avant le mouvement « Les Transformateurs », c’était d’abord, le parti de l’Union nationale pour l’alternance au Tchad (UNAT) qui en a payé les frais en voulant organiser un point de presse, le 6 avril 2019 à la maison des médias du Tchad, qui malheureusement n’aura pas lieu et sa présidente, Koumadji Mariam Ndjelar sera arrêter puis libérer.

Pareille pour le 6ème congrès de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR) prévu à Mongo en mars 2019 qui n’aura pas lieu non plus et qui sera soldé par l’arrestation du secrétaire général équato-guinéen de la Convergence pour la démocratie sociale, ami à Saleh Kebzabo venu pour assister au congrès.

Des attitudes qui se justifieront par la peur de perdre le pouvoir « chèrement acquis », du moins celui-là.

On passera sur la longue des remarques désobligeantes qui sans cesse continuent de sévir.

Cette philosophie issue d’un gouvernement réactionnaire serait-elle encore mieux apprécier jusqu’aux élections à venir ? Une analyse qui expliquerait que le gouvernement préfèrerait sans doute préserver sa « démocrature » que de se la faire douce « démocratie ».

La Rédaction

Culture : le patrimoine de l’Espace Mouroum à l’honneur lors de la première édition du FACEM

La première édition du Festival des Arts et de la Culture de l’Espace Mouroum (FACEM) se tiendra du 18 au 22 novembre 2026 à l’Espace Talino Manu, à N’Djaména. Cet événement entend mettre en lumière la richesse du patrimoine culturel et des traditions de l’Espace Mouroum.

L’annonce a été faite ce jeudi 5 novembre 2026 par Djimaldongar Jules Emmanuel, président du comité d’organisation, lors d’un point de presse organisé à l’Institut français du Tchad.

Placée sous le thème « Valorisation de notre patrimoine culturel, de notre identité et de nos traditions », cette première édition sera marquée par des expositions artisanales, des spectacles artistiques et musicaux, des danses traditionnelles, ainsi que des présentations de tenues vestimentaires et de spécialités culinaires.

À travers cette manifestation, les organisateurs ambitionnent de contribuer à la sauvegarde des traditions, à la promotion des talents locaux et au renforcement de la cohésion entre les communautés. La transmission des valeurs culturelles aux jeunes générations figure également parmi les principales préoccupations du festival.

À cette occasion, Djimaldongar Jules Emmanuel a invité les partenaires, sponsors, mécènes et ressortissants de l’Espace Mouroum à apporter leur soutien pour assurer la réussite de cette première édition.

Avec pour slogan « FACEM : Fierté – Racines – Identité », le festival se veut un cadre de célébration, de préservation et de promotion du patrimoine culturel de l’Espace Mouroum.

Des accords tripartites signés pour le rapatriement volontaire des réfugiés centrafricains

La ministre de l’Action sociale, de la Solidarité nationale et des Affaires humanitaires, Zara Mahamat Issa, a présidé, ce mercredi 4 novembre 2026, la cérémonie de clôture des travaux de la Commission tripartite réunissant le Tchad, la République centrafricaine et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), consacrés au retour volontaire des réfugiés centrafricains vivant au Tchad.

À l’issue des discussions, les différentes parties ont procédé à la signature des modalités pratiques du rapatriement, à la validation du calendrier des opérations ainsi qu’à l’adoption du règlement intérieur de la Commission. Ces accords visent à encadrer le retour des réfugiés dans des conditions garantissant leur sécurité, leur dignité et leur libre consentement.

La ministre a souligné l’importance de passer rapidement à la phase opérationnelle, en mettant l’accent sur la coordination entre les parties et la mobilisation des ressources financières et logistiques indispensables à la réussite du processus.

Cette rencontre constitue une avancée dans la coopération entre N’Djamena et Bangui. Elle traduit leur volonté commune de favoriser le retour durable des réfugiés centrafricains et de contribuer au renforcement de la paix et de la stabilité dans les zones frontalières.

Sarh : le MPS tire la sonnette d’alarme face à la crise énergétique et médiatique

La situation des services publics à Sarh suscite des inquiétudes. Depuis plusieurs semaines, la capitale du Moyen-Chari connaît d’importantes perturbations dans la distribution de l’électricité. À cela s’ajoute l’arrêt des émissions de la station provinciale de l’Office national des médias audiovisuels (ONAMA), qui observe le silence depuis deux semaines.

Pour mieux comprendre cette situation, le Conseil provincial du Mouvement patriotique du salut (MPS), sous la conduite de son secrétaire général provincial, Nanlangar Kodalbaye, a effectué une visite de terrain auprès des structures concernées.

À TchadÉlec, les responsables font face à plusieurs contraintes, notamment l’insuffisance de techniciens et la dégradation avancée des groupes électrogènes. Certains équipements seraient pratiquement hors d’usage, rendant difficile la continuité de la fourniture d’électricité aux habitants.

La situation n’est pas moins préoccupante à la station provinciale de l’ONAMA. Depuis deux semaines, les programmes sont suspendus en raison d’un manque de carburant. L’absence de ressources financières pour acheter du gasoil empêche la station d’assurer ses missions habituelles de service public.

Cette double difficulté pénalise les populations, aussi bien dans leurs activités quotidiennes que dans leur accès à l’information.

À l’issue de cette descente, le MPS a attiré l’attention des autorités nationales sur la nécessité d’apporter des réponses urgentes. La réhabilitation des équipements de production électrique et la mise à disposition de moyens financiers et logistiques pour l’ONAMA figurent parmi les mesures attendues.

À Sarh, les populations espèrent désormais une intervention rapide des autorités pour rétablir durablement l’électricité et permettre à la radio publique de reprendre ses émissions.

N’Djamena : Un surveillant du lycée Mamadou Sidébé blessé par deux balles, l’élève présumé tireur en fuite

Un incident grave s’est produit ce mercredi 4 novembre 2026, aux environs de 14 heures, au lycée Mamadou Sidébé de Farcha, à N’Djamena. Un surveillant de l’établissement, identifié comme Ndingwé Djondandi Sounda, a été atteint par deux balles réelles qui auraient été tirées par un élève.

Selon les informations rapportées, la victime a été touchée à la clavicule gauche et à l’omoplate gauche. Elle a été évacuée à l’hôpital central de N’Djamena pour recevoir des soins. L’élève présumé auteur des tirs serait actuellement en fuite.

Cet incident soulève de nouvelles préoccupations concernant la sécurité dans les établissements scolaires au Tchad, notamment la protection du personnel éducatif et des élèves.

Une enquête est attendue afin de déterminer les circonstances exactes des faits et d’établir les responsabilités.

Salamat : l’ONAPE lance sa première Journée portes ouvertes pour promouvoir l’emploi des jeunes

Le Délégué général du Gouvernement auprès de la province du Salamat, Ahmat Choua Rozi, a présidé, ce mardi 3 novembre 2026, dans la grande salle de la commune d’Am-Timan, la cérémonie officielle de lancement de la première Journée portes ouvertes de l’Office national pour la promotion de l’emploi (ONAPE) dans la province.

Placée sous le thème « L’emploi des jeunes au Salamat : quelles opportunités locales ? », cette initiative vise à rapprocher les jeunes demandeurs d’emploi des entreprises, des organisations partenaires et des services compétents, afin de faciliter leur insertion professionnelle et de promouvoir l’entrepreneuriat local.

Dans son allocution, le Délégué général du Gouvernement a rappelé l’importance accordée par les autorités nationales à la promotion de l’emploi des jeunes et à la valorisation du capital humain, conformément à la vision du président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno, notamment à travers les 12 chantiers de son programme politique.

Il a salué l’initiative de l’ONAPE, qui offre un cadre d’échanges et d’orientation aux jeunes, notamment à travers l’inscription des demandeurs d’emploi et leur mise en relation avec les employeurs.

Le responsable a exhorté les jeunes à saisir cette opportunité avec sérieux et discipline. Il a également invité les entreprises et les partenaires à proposer des perspectives concrètes d’emploi, tout en appelant les services de l’État à assurer un suivi rigoureux des engagements pris.

Cette première édition des Journées portes ouvertes de l’ONAPE au Salamat entend ainsi contribuer au renforcement de l’employabilité des jeunes et à la promotion de l’entrepreneuriat dans la province.

Coopération Tchad-Russie : le ministre d’État échange avec les étudiants tchadiens en Fédération de Russie

Au terme des travaux du 3ᵉ Sommet Russie-Afrique à Moscou, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Tchadiens de l’étranger, Ahmed Kogri, a rencontré, vendredi 30 octobre 2026, les représentants de l’Union générale des étudiants et stagiaires tchadiens en Fédération de Russie et dans les pays de la CEI (UGUESTR&CEI).

Accompagné de l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Tchad auprès de la Fédération de Russie, Mahamoud Adam Bechir, le chef de la diplomatie tchadienne a accordé une audience au bureau de cette organisation estudiantine.

Cette rencontre a constitué un cadre d’échanges entre les autorités diplomatiques tchadiennes et les représentants des étudiants tchadiens établis en Russie et dans les pays de la Communauté des États indépendants (CEI).

Guéra : l’AGECO remet son rapport de mission au sénateur Hassane Saline

L’Association Génération Consciente du Guéra (AGECO) poursuit ses initiatives en faveur de la paix et de la réconciliation communautaire dans la province du Guéra. Le 2 novembre 2026, son Exécutif national a été reçu par le sénateur Hassane Saline, à qui il a officiellement présenté le rapport général de sa mission de terrain effectuée du 24 au 31 octobre dernier.

Cette mission, menée dans plusieurs localités de la province, avait pour principal objectif de contribuer à l’apaisement des tensions communautaires et au rétablissement du dialogue entre les populations. À Bitkine, les membres de l’AGECO ont notamment œuvré au retour des blessés issus des différentes communautés auprès de leurs familles respectives. Des échanges ont également été organisés avec les autorités administratives et communales, en collaboration avec la cellule départementale de l’association à Abtouyour.

La délégation s’est ensuite rendue à Mangalmé pour présenter ses condoléances aux familles endeuillées à la suite des violences liées au conflit entre agriculteurs et éleveurs à Bitchoutchi. Cette démarche a également été l’occasion de lancer des appels à la retenue, à la réconciliation et au respect mutuel entre les différentes communautés. Les responsables de l’association ont par ailleurs effectué des visites auprès des autorités administratives, traditionnelles et des chefs de canton.

À la réception du rapport, le sénateur Hassane Saline a salué l’engagement de l’AGECO et son implication dans les efforts de consolidation de la paix au Guéra. Il a insisté sur la nécessité de préserver l’unité communautaire et de faire du dialogue un moyen privilégié de prévention des conflits.

Le parlementaire a toutefois rappelé qu’une paix durable ne saurait être dissociée de la justice. Selon lui, la réconciliation doit reposer sur l’équité, le respect des droits et la prise en considération de toutes les communautés, sans distinction.

S’adressant particulièrement à la jeunesse, il l’a appelée à éviter les provocations et les discours susceptibles d’alimenter les tensions, tout en encourageant les initiatives constructives en faveur du développement local. Il a également assuré que les élus demeurent attentifs à l’évolution de la situation et disponibles pour accompagner les démarches citoyennes en faveur de la stabilité de la province.

Cette rencontre met en lumière le rôle que peuvent jouer les organisations de la société civile dans la prévention des conflits et la reconstruction du tissu social. Toutefois, au-delà des missions de sensibilisation et des appels à la réconciliation, le défi reste celui de l’installation d’une paix durable, soutenue par la justice, le dialogue permanent et des actions concrètes de développement.

Pour l’AGECO, l’objectif demeure la construction d’un Guéra uni, où la coexistence pacifique entre les communautés constitue un fondement du développement collectif.

Tchad : la Plateforme Citoyens des 23 Provinces pour la Paix et les Droits Humains annonce son lancement officiel

La Plateforme Citoyens des 23 Provinces pour la Paix et les Droits Humains s’apprête à franchir une nouvelle étape avec son lancement officiel prévu le 28 novembre 2026 à N’Djaména. L’annonce a été faite lors d’un point de presse animé par Dilbé Saleh, président du comité d’organisation de la cérémonie.

Présentée comme un mouvement citoyen à vocation nationale, cette plateforme entend promouvoir la paix, défendre les droits humains et contribuer au renforcement de la cohésion sociale dans les 23 provinces du Tchad. Elle ambitionne de mobiliser les acteurs de la société civile, les responsables politiques, les mouvements citoyens ainsi que les différentes forces vives autour des enjeux de paix et de vivre-ensemble.

Au cours de son intervention, le président du comité d’organisation a rendu hommage aux compatriotes ayant perdu la vie dans les guerres et les différents conflits qui ont marqué l’histoire du pays. Il a également appelé à honorer la mémoire des victimes tombées sur les champs de bataille depuis 1960.

Par ailleurs, la plateforme a exprimé ses préoccupations face à la propagation de la dengue au Tchad. Face aux victimes enregistrées, elle interpelle les plus hautes autorités du pays sur la nécessité de renforcer les mesures de prévention et d’intensifier les opérations de désinfection à grande échelle afin de lutter contre les moustiques, vecteurs de la maladie.

Le lancement officiel de la Plateforme Citoyens des 23 Provinces pour la Paix et les Droits Humains est fixé au 28 novembre 2026, dans la salle de la Radio FM Liberté. À cette occasion, les organisateurs invitent l’ensemble des citoyens attachés à la paix et aux droits humains à prendre part à la cérémonie.

HAMA et CESCE : la représentativité des artistes tchadiens au cœur d’une controverse

Entre exigences administratives, carte du BUTDRA, conditions de candidature et rôle des corporations professionnelles, le communiqué ministériel N° 20/PR/PM/MDTCA/SG/2026 suscite des interrogations sur la transparence et l’équité du processus de désignation des représentants du monde artistique et culturel tchadien.

La désignation des représentants du monde des arts, de la culture, des lettres et de l’artisanat au Conseil économique, social, culturel et environnemental (CESCE) et à la Haute Autorité des Médias et de l’Audiovisuel (HAMA) est désormais au centre d’un débat qui dépasse la simple procédure administrative. Au cœur des préoccupations : les conditions de participation des professionnels, la légitimité des électeurs et la place accordée aux organisations professionnelles dans le choix de leurs représentants.

Dans un communiqué portant le numéro N° 20/PR/PM/MDTCA/SG/2026, le ministère du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat a annoncé les modalités relatives à ce processus. Mais les conditions évoquées soulèvent plusieurs interrogations au sein du monde culturel, notamment sur leur fondement juridique et leurs conséquences pour les artistes qui ne disposent pas nécessairement de tous les documents administratifs exigés.

La première question concerne la légitimité du processus : les artistes auront-ils réellement la possibilité de choisir leurs représentants ou leur participation sera-t-elle conditionnée par des mécanismes administratifs susceptibles de restreindre leur accès au scrutin ?

Des conditions administratives qui interrogent

Le débat porte notamment sur l’éventuelle exigence du baccalauréat pour les candidats. Une telle condition mérite d’être examinée au regard des textes applicables et de la nature même des fonctions de représentation.

En effet, représenter les artistes ne revient pas à postuler à un emploi administratif. Il s’agit de défendre les intérêts d’un secteur professionnel, d’en maîtriser les réalités et de porter les préoccupations de ses acteurs auprès des institutions nationales.

Un musicien ayant trente années d’expérience, un chorégraphe reconnu, un comédien ayant consacré sa vie au théâtre ou un artisan détenteur d’un savoir-faire traditionnel peuvent-ils être écartés au seul motif qu’ils ne possèdent pas le baccalauréat ?

La question mérite d’être posée. Si cette exigence figure dans les textes, le ministère doit en préciser la base juridique. Dans le cas contraire, son application pourrait constituer un obstacle injustifié à la représentativité du secteur culturel.

Le diplôme est certes un acquis important, mais il ne saurait, à lui seul, déterminer la compétence, l’expérience et la légitimité professionnelle d’un acteur culturel.

La carte du BUTDRA peut-elle devenir un critère d’exclusion ?

Autre point sensible : l’exigence d’une carte d’adhésion au Bureau tchadien du droit d’auteur (BUTDRA) pour les artistes et créateurs concernés.

Si le BUTDRA joue un rôle essentiel dans la protection des droits des auteurs et des créateurs, sa mission ne doit pas être confondue avec celle des organisations professionnelles chargées de représenter les différentes disciplines artistiques.

Tous les professionnels de la culture ne disposent pas nécessairement de cette carte. Certains exercent depuis plusieurs décennies dans la musique, la danse, le théâtre, la littérature ou les arts traditionnels sans avoir accompli les démarches administratives nécessaires.

Leur contribution à la culture nationale est pourtant incontestable.

Dès lors, sur quelle disposition juridique repose l’obligation éventuelle de détenir cette carte pour participer à la désignation des représentants ? Le ministère doit apporter une réponse claire afin d’éviter que cette exigence ne devienne un mécanisme indirect d’exclusion.

La protection du droit d’auteur et la représentativité professionnelle sont deux questions distinctes. L’une ne devrait pas automatiquement conditionner l’autre sans fondement juridique explicite.

Les corporations professionnelles doivent-elles être consultées ?

Au-delà des documents administratifs, c’est la question du rôle des corporations professionnelles qui cristallise les préoccupations.

Traditionnellement, les différentes disciplines artistiques disposent de leurs propres mécanismes d’organisation et de reconnaissance. Musiciens, danseurs, comédiens, écrivains, plasticiens, cinéastes et artisans connaissent leurs réalités professionnelles et sont les mieux placés pour identifier les personnes capables de porter leurs revendications.

Pourquoi ne pas leur accorder une place centrale dans la constitution du collège électoral ?

L’administration a naturellement le devoir de veiller au respect des textes et à la régularité du processus. Toutefois, cette responsabilité ne devrait pas conduire à écarter les organisations professionnelles des mécanismes de désignation lorsque les dispositions applicables leur reconnaissent un rôle.

La légitimité d’un représentant repose avant tout sur la confiance de ceux qu’il est appelé à représenter. Elle ne peut être uniquement le résultat d’une sélection administrative.

Une concertation préalable avec les différentes corporations aurait permis de prévenir certaines incompréhensions et de renforcer l’adhésion des acteurs culturels à cette démarche.

Des démarches qui risquent de pénaliser les artisans des provinces

La question du dépôt des candidatures constitue également un sujet de préoccupation, notamment pour les professionnels de l’artisanat.

Pourquoi imposer le dépôt des dossiers exclusivement au siège du CESCE à N’Djaména ? Une telle disposition est-elle expressément prévue par les textes ?

Pour un artisan installé dans une province éloignée de la capitale, effectuer ce déplacement représente des dépenses supplémentaires et une interruption de ses activités professionnelles.

Dans un pays où les réalités économiques et les moyens d’accès aux services administratifs varient considérablement d’une province à l’autre, une procédure véritablement inclusive devrait tenir compte de ces contraintes.

Le dépôt des candidatures auprès des services déconcentrés compétents ou par l’intermédiaire de structures professionnelles habilitées pourrait constituer une alternative, sous réserve de sa conformité aux textes.

L’enjeu est simple : garantir que les professionnels des provinces disposent des mêmes possibilités de participation que ceux établis à N’Djaména.

La transparence, une exigence de légitimité

L’ensemble de ces interrogations renvoie à une préoccupation fondamentale : la transparence du processus.

Lorsque les critères de candidature ne sont pas suffisamment explicités, que les conditions documentaires suscitent des incompréhensions et que le rôle des corporations reste à clarifier, la confiance des professionnels risque de s’affaiblir.

Il ne s’agit pas d’affirmer l’existence de manœuvres ou de favoritisme, faute d’éléments permettant de l’établir. Il s’agit plutôt de prévenir toute situation susceptible de donner le sentiment que certaines catégories d’acteurs bénéficient d’un accès privilégié au processus de désignation.

Le ministère doit donc préciser les fondements juridiques des conditions annoncées, les modalités de constitution du collège électoral ainsi que les responsabilités respectives de l’administration et des organisations professionnelles.

La loi organique N° 021/AN-SENAT/2026, invoquée dans le débat, mérite également d’être examinée à travers ses dispositions pertinentes afin de déterminer clairement les règles applicables.

Des représentants pour défendre les artistes, pas pour occuper des sièges

La désignation des représentants du monde artistique et culturel au CESCE et à la HAMA ne doit pas se transformer en une simple formalité institutionnelle.

Les personnalités appelées à siéger dans ces institutions doivent être capables de défendre les intérêts de leurs secteurs, de porter leurs préoccupations et de contribuer réellement aux décisions qui concernent l’avenir des arts et de la culture au Tchad.

Les artistes ne doivent pas être réduits au rôle de simples figurants dans des institutions censées assurer leur représentation.

Le pays compte des professionnels dont l’expérience, les réalisations et la contribution au patrimoine national méritent d’être reconnues. Certains possèdent des diplômes universitaires, d’autres ont acquis leur expertise au fil de longues années de pratique. Tous ne doivent pas être jugés selon un modèle administratif unique, sans tenir compte des particularités de leurs métiers.

La culture ne se construit pas uniquement dans les bureaux. Elle se transmet également dans les ateliers, les scènes, les studios, les espaces de création et au sein des communautés.

Le ministère face à ses responsabilités

Face aux préoccupations soulevées par le communiqué N° 20/PR/PM/MDTCA/SG/2026, le ministère du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat est attendu sur des clarifications précises.

Il lui appartient de justifier les conditions annoncées par les textes applicables, de garantir l’égalité de traitement entre les professionnels et d’ouvrir un cadre de concertation avec les organisations représentatives des différentes disciplines.

Les artistes tchadiens ne réclament aucun privilège. Ils demandent simplement que leur expérience soit reconnue, que leurs organisations soient respectées et que les règles de désignation de leurs représentants soient transparentes.

Car au-delà des sièges à pourvoir au CESCE et à la HAMA, c’est la crédibilité de la représentation du monde artistique et culturel qui est en jeu.

Le ministère est le garant institutionnel de la culture tchadienne, mais il ne saurait se substituer à ceux qui la font vivre. La représentation des artistes doit être construite avec eux, et non décidée à leur place.

Abdraman Mbang Bousso

Ancien conseiller

Isaac Tedambé : quand la culture tchadienne se retrouve au banc des oubliés

Le dernier hommage rendu à l’écrivain tchadien Isaac Tedambé, décédé le 28 octobre dernier, donne une image particulièrement préoccupante de la considération accordée aux acteurs culturels dans notre pays. Voir le cercueil d’un écrivain exposé sur un simple banc, sans même une table digne de ce nom, est une scène qui interpelle et suscite de profondes interrogations.

Où sont les autorités chargées de promouvoir et de défendre la culture tchadienne ? Où est le ministère en charge de la Culture lorsqu’un homme de lettres, qui a consacré une partie de son existence à l’enrichissement du patrimoine intellectuel national, quitte ce monde ?

On ne peut pas multiplier les discours sur la promotion de la culture, célébrer le patrimoine national et prétendre soutenir les écrivains, tout en donnant une telle image lors des derniers hommages rendus à l’un des leurs. La culture ne doit pas être une simple rubrique dans les discours officiels, encore moins un instrument de circonstance lors des cérémonies.

Cette scène traduit, au minimum, un regrettable manque de préparation et de considération institutionnelle. Les écrivains tchadiens ne méritent pas seulement des applaudissements lorsqu’ils sont vivants, ni des déclarations de compassion lorsqu’ils disparaissent. Ils méritent du respect, de la reconnaissance et un accompagnement à la hauteur de leur contribution.

Si l’État ne sait pas honorer ses écrivains dans la mort, comment peut-il prétendre valoriser leur œuvre de leur vivant ?

Le ministère chargé de la Culture est interpellé. La culture tchadienne mérite mieux que des discours : elle mérite des actes.