Des leaders traditionnels, religieux, de la société civile et de la jeunesse se réunissent et réaffirment leur engagement en faveur de la paix à travers une déclaration commune.
JUBA, Soudan du Sud, 8 octobre — La conférence intitulée « One South Sudan Peace Conference : Beyond Our Camps, Bridging Our Future » (« Conférence pour un Soudan du Sud uni : au-delà de nos camps, construisons des ponts vers notre avenir »), organisée conjointement par le Conseil national des dirigeants des autorités traditionnelles (National Council of Traditional Authority Leaders, NCOTAL), l’Organisation pour l’autonomisation communautaire et le progrès (Community Empowerment for Progress Organization, CEPO), le Centre pour la gouvernance inclusive, la paix et la justice (Center for Inclusive Governance, Peace and Justice, CIGPJ) et HWPL, s’est tenue à l’Université de Juba.
La conférence a réuni un ancien membre de l’Assemblée législative nationale de transition du Soudan du Sud (Transitional National Legislative Assembly, TNLA), des chefs traditionnels et religieux, des représentants de la société civile ainsi que des étudiants de quatre universités de Juba. Les participants ont échangé sur les rôles que les différents secteurs de la société peuvent jouer dans la promotion de la paix et de la réconciliation au Soudan du Sud, ainsi que sur les moyens concrets d’encourager une participation plus large au processus de consolidation de la paix.
Depuis son indépendance, le Soudan du Sud continue de faire de la mise en œuvre des accords de paix et de la promotion de la cohésion sociale des priorités essentielles pour surmonter les conflits politiques et communautaires persistants et parvenir à une paix durable ainsi qu’à l’unité nationale. En particulier, les chefs traditionnels, profondément enracinés dans les communautés locales, jouent un rôle essentiel dans la consolidation de la paix à la base, en assurant la médiation des conflits entre communautés et en favorisant la réconciliation.
Parallèlement, le Soudan du Sud est entré dans une période cruciale de transition politique à l’approche des élections générales prévues en décembre 2026. À la suite des amendements apportés à la loi électorale en septembre, le gouvernement de transition et les organes législatifs ont été dissous le 22 septembre, marquant la fin d’une longue période de transition et l’ouverture d’une nouvelle phase politique devant passer par les élections. Pour que cette transition se déroule pacifiquement, sans provoquer de nouveaux conflits sociaux, le dialogue et la coopération entre les différentes composantes de la société sont indispensables, au même titre que les préparatifs institutionnels.
C’est dans ce contexte que la conférence « One South Sudan Peace Conference » a été organisée afin de réunir des dirigeants nationaux et communautaires à un moment charnière de la transition politique. Elle vise à réaffirmer leur responsabilité commune en matière de paix et d’unité, ainsi qu’à explorer des moyens de pérenniser la paix au niveau communautaire. La participation de diverses parties prenantes, notamment des chefs traditionnels, des représentants de la société civile et des jeunes, souligne l’importance de renforcer et d’élargir les fondements de la paix dans l’ensemble de la société, même en période de changement politique.
Plusieurs hauts responsables religieux ont également pris la parole, notamment l’archevêque Dr Justin Badi Arama, de l’Église épiscopale du Soudan du Sud (Episcopal Church of South Sudan, ECSS) et président du Conseil des Églises du Soudan du Sud (South Sudan Council of Churches, SSCC) ; le cheikh Refat Juma Abdallah, secrétaire adjoint chargé des organisations et des affaires humanitaires du Conseil islamique du Soudan du Sud (South Sudan Islamic Council, SSIC) ; ainsi que le révérend père John Opi, coordinateur Justice et Paix de la Conférence des évêques catholiques du Soudan et du Soudan du Sud (Sudan and South Sudan Catholic Bishops’ Conference, SSCBC). Leurs interventions ont exprimé l’aspiration commune des communautés religieuses à la paix au Soudan du Sud.
Des experts issus de différents domaines ont présenté les valeurs de paix qu’ils défendent et mis en lumière le rôle qu’ils jouent dans la consolidation de la paix et la réconciliation au sein de leurs secteurs respectifs.
Les interventions ont porté sur le rôle des institutions politiques, des autorités traditionnelles, des communautés religieuses et de la société civile dans le processus de consolidation de la paix. Les anciens représentants de la TNLA ont expliqué comment les institutions et le secteur public peuvent contribuer à l’établissement et au soutien d’un consensus social. Les chefs traditionnels ont insisté sur l’importance de maintenir le dialogue et la médiation au sein des communautés locales. Les responsables religieux ont abordé la contribution des communautés de foi à la réconciliation et à la coexistence pacifique, tandis que les représentants de la société civile ont présenté des moyens d’encourager la participation communautaire et de renforcer le rôle de la société civile.
Edmund Yakani, directeur exécutif de la CEPO, coorganisateur et intervenant lors de la conférence « One South Sudan Peace Conference », a vivement dénoncé le tribalisme omniprésent, la méfiance réciproque et les divisions politiques qui affectent le pays. Il a appelé avec insistance les citoyens à voter de manière responsable lors des prochaines élections, les dirigeants religieux et traditionnels à faire preuve de solidarité, et les acteurs concernés à prendre des mesures concrètes, notamment par la création d’un « Conseil citoyen pour la paix » (Citizen Peace Council).
La conférence ne s’est pas limitée au rôle des chefs traditionnels : elle a également accordé une place importante aux jeunes et aux étudiants universitaires. Des étudiants d’universités de Juba ont participé à l’événement afin d’écouter les témoignages et les réflexions de dirigeants issus de différents domaines et de parvenir à une compréhension commune du rôle que la jeune génération peut jouer en tant qu’actrice de la consolidation de la paix. Cette démarche correspond étroitement à l’objectif de la conférence : transmettre aux jeunes les expériences acquises par les chefs traditionnels, les communautés religieuses et la société civile, tout en favorisant une communication ouverte entre les générations.
Au fil des présentations, les participants se sont également penchés sur des moyens concrets de promouvoir la paix à partir de leurs positions respectives dans la société. Ils ont abordé des questions telles que la médiation des conflits et le dialogue au sein des communautés locales, la participation du public et la transmission des valeurs de paix d’une génération à l’autre, tout en explorant la manière de relier ces efforts à une action collective.
À la clôture de la conférence, les participants ont adopté une Déclaration commune sur les actions en faveur de la consolidation de la paix (Joint Statement on Peacebuilding Action). Cette déclaration définit les rôles et les responsabilités des acteurs politiques, religieux, traditionnels et de la société civile dans le processus de consolidation de la paix. Elle présente également des orientations concrètes pour transmettre un héritage de paix aux générations futures.
Les orientations visant à traduire la paix en actions concrètes, énoncées dans la déclaration commune, ont également été reflétées dans les présentations précédentes, au cours desquelles les chefs traditionnels, les femmes et les jeunes ont défini des rôles et des actions spécifiques qu’ils peuvent assumer à partir de leurs positions respectives.
Sultan Joseph Kuol Amet Kuol, secrétaire général par intérim du NCOTAL et chef suprême de la communauté Kuac Ayok, a souligné la responsabilité des chefs traditionnels dans la médiation des conflits et l’unification des communautés. Il a déclaré que les autorités traditionnelles devaient s’appuyer sur leur autorité morale et sur la sagesse acquise au fil des années au sein des communautés afin de collaborer avec le gouvernement et les différentes parties prenantes pour promouvoir la réconciliation et une paix durable.
Mme Jackline Nasiwa, représentante du CIGPJ, a mis en avant le rôle essentiel des femmes dans la consolidation de la paix. Elle a souligné que les femmes ne sont pas simplement des bénéficiaires de la paix, mais qu’elles en sont également les architectes. Elle a insisté sur la nécessité de construire des ponts entre les femmes et les hommes, entre les communautés et les générations, ainsi qu’entre les citoyens et les institutions.
M. Emmanuel William Atit, représentant de l’Union nationale de la jeunesse du Soudan du Sud (South Sudan National Youth Union), a souligné que les jeunes devaient servir de ponts entre les communautés, surmonter les divisions et favoriser les rapprochements. Il les a encouragés à privilégier le dialogue plutôt que la division et à mettre la paix en pratique dans leur vie quotidienne, notamment dans les écoles, les universités, les communautés locales et sur les réseaux sociaux.
Les organisateurs ont annoncé leur intention de mettre en œuvre des programmes de suivi après la conférence afin de renforcer la coopération entre les acteurs déjà engagés dans la médiation de la paix — notamment les chefs traditionnels et religieux ainsi que la société civile — et la prochaine génération, dont les étudiants universitaires. Ils souhaitent également étendre cette coopération à des activités de dialogue et de réconciliation au niveau communautaire.
Dans le cadre de la première étape de ce programme de suivi, la campagne d’éducation à la paix « Mr. Big Light » sera lancée. Par l’intermédiaire des radios locales et d’autres canaux de communication, cette campagne diffusera auprès des communautés locales les valeurs de paix et les expériences de consolidation de la paix présentées lors de la conférence. Elle recueillera également les récits et les expériences des habitants eux-mêmes en matière de paix, afin de les partager plus largement.
À terme, la campagne sera élargie pour inclure des émissions radiophoniques locales régulières, des tables rondes et des programmes interactifs avec appels des auditeurs, offrant ainsi aux habitants des occasions de participer directement au dialogue sur la paix.




