Depuis son arrivée à la tête de la Fédération tchadienne de football association (FTFA), Tahir Oloy fait face à une succession de controverses qui alimentent le débat sur la gouvernance du football tchadien.
Des tensions avec certains internationaux aux différends avec des dirigeants de clubs, en passant par la récente procédure visant le sénateur et président de Foullah Édifice FC, Foullah Ibrahim Wang Laouna, la gestion de la Fédération suscite de nombreuses interrogations.
Le dernier épisode concerne l’intervention du sénateur au Parlement, le 29 juin 2026, lors d’un débat au cours duquel il avait interpellé le ministre chargé des Sports.
La décision de la FTFA d’engager une procédure disciplinaire contre lui soulève une question centrale : jusqu’où s’étend le pouvoir disciplinaire d’une fédération sportive lorsqu’un de ses membres s’exprime dans le cadre de ses fonctions parlementaires ?
La question est d’autant plus sensible que la Constitution tchadienne prévoit des garanties pour les parlementaires concernant les opinions exprimées dans l’exercice de leur mandat. La FTFA est donc appelée à préciser le fondement juridique de sa démarche et la nature exacte des faits reprochés.
La notification adressée au sénateur appelle également des éclaircissements sur la procédure suivie. Les accusations de propos « désobligeants et diffamatoires » doivent notamment être accompagnées d’éléments précis permettant à la personne concernée de préparer sa défense. Des interrogations ont également été soulevées sur la présentation du document, notamment concernant la qualité du signataire et le cachet apposé sur la correspondance.
Cette affaire intervient dans un contexte déjà marqué par des tensions entre la Fédération et certains joueurs de la sélection nationale. Après l’élimination du Tchad face au Burundi, plusieurs internationaux, dont Marius Mouandilmadji, Amine Hiver, Gabin Allambatnan, Charles Tchouplaou et Ahmat Moussa Youssouf, avaient été publiquement mis en cause. Des accusations particulièrement graves avaient alors suscité des réactions et nécessité une médiation du ministère de la Jeunesse et des Sports.
Pour certains observateurs, cette succession de différends traduit une difficulté de la FTFA à maintenir un dialogue serein avec les différents acteurs du football. Pour d’autres, l’instance fédérale ne fait qu’exercer ses prérogatives disciplinaires face à des comportements qu’elle juge contraires à ses règlements.
Au-delà des controverses, le principal enjeu reste toutefois sportif. Les performances des Sao demeurent insuffisantes au regard des attentes du public tchadien. Le développement du football local, la formation des jeunes, l’accompagnement des clubs et l’amélioration des infrastructures constituent également des critères essentiels pour mesurer l’efficacité d’une équipe dirigeante.
L’élection de Tahir Oloy à la présidence de la FTFA, en mars 2025, avait elle-même été précédée de contestations et de plusieurs rebondissements judiciaires. Élu avec 58 voix sur 59 comme candidat unique, il dispose désormais d’un mandat de quatre ans pour conduire la Fédération.
À mi-parcours, les débats portent donc moins sur sa seule élection que sur sa capacité à produire des résultats et à instaurer un climat de confiance.
Pour la FTFA, le défi est désormais double : restaurer le dialogue avec les acteurs du football et démontrer, par des résultats concrets, l’efficacité de sa gouvernance. Car au-delà des procédures disciplinaires et des querelles institutionnelles, les attentes des supporters restent les mêmes : voir le football tchadien progresser et les Sao retrouver une place plus compétitive sur la scène africaine.




