À l’occasion du lancement officiel de son nouvel album intitulé « KÖD », l’artiste musicien tchadien Caleb Rimtobaye, connu sous le nom de scène Afrotonix, a animé ce mercredi 21 janvier une conférence de presse par visioconférence depuis le Centre multimédia de l’Espace FestAfrica, à N’Djamena.
À travers cet opus, Afrotonix propose bien plus qu’un projet musical : un manifeste culturel et identitaire. « KÖD », mot signifiant code, renvoie au tam-tam, présenté par l’artiste comme le premier outil de communication codée de l’humanité. Utilisé dans de nombreuses cultures africaines, cet instrument servait autrefois à transmettre des messages essentiels : naissance, décès, alertes de danger, feux de brousse ou annonces communautaires.
Dans un monde dominé par les machines et l’intelligence artificielle, Afrotonix entend rappeler que l’intelligence humaine collective, enracinée dans la culture, demeure irremplaçable.
« Le tam-tam portait des codes que les machines ne pourront jamais totalement décoder », soutient-il, insistant sur la nécessité de revenir à l’essence de l’humanité pour se distinguer, à l’avenir, de la domination technologique.
Un album plurilingue et profondément africain
Composé en anglais et en français, mais aussi en langues nationales telles que l’arabe tchadien, le gorane et le massa, l’album KÖD se veut une célébration de la diversité linguistique et culturelle du Tchad. Pour l’artiste, le choix de ces langues n’est pas anodin : il s’agit d’assumer pleinement ses symboles et de les porter aux niveaux sonore et visuel, sans complexe.

« Nous devons être fiers de ce que nous sommes. Nos langues, nos rythmes, nos images sont des moyens de communication puissants », affirme Afrotonix, appelant la jeunesse tchadienne à se réapproprier l’héritage transmis par les anciens et à en faire un levier de développement.
La culture comme moteur de développement
Tout en mettant en lumière la richesse immatérielle du Tchad, l’artiste déplore la faible place accordée à la culture dans les politiques publiques. Selon lui, ce secteur reste relégué au second plan, alors qu’il devrait être au cœur du Plan national de développement. Afrotonix plaide pour que chaque groupe ethnique devienne un acteur de la promotion culturelle, condition essentielle à un développement durable fondé sur l’identité.

Un message fort à la jeunesse et aux médias
S’adressant à la presse et à la jeunesse, Afrotonix a invité les médias à jouer un rôle clé dans la décomplexion culturelle des jeunes.
« La presse doit aider la jeunesse tchadienne à assumer son identité et à être fière de ses racines », a-t-il souligné.
Afrotonix, un personnage au service de l’identité
Afrotonix n’est pas seulement un nom d’artiste, mais un personnage scénique soigneusement construit. Refusant de dévoiler son visage sur scène, il utilise cette posture artistique pour mettre en avant l’origine et la culture, plutôt que l’individu. Né et grandi à N’Djamena, dans le quartier populaire de Paris-Congo, l’artiste se veut un symbole d’espoir et d’encouragement pour la jeunesse issue des milieux modestes.

L’album « KÖD » est annoncé pour le 30 janvier prochain, selon l’artiste. À travers ce projet, Afrotonix ambitionne d’ouvrir un nouveau marché musical au Tchad et d’attirer l’attention internationale sur les créations culturelles locales.




