Une tribune au président français Emmanuel Macron

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31 partis politiques de l’opposition démocratique Tchadienne adressent une tribune au président français Emmanuel Macron. L’opposition demande à la France de clarifier sa position.

L’intégralité de la tribune:

LE PRESIDENT IDRISS DEBY ITNO : MORT AUX COMBATS OU VICTIME D’UN PUTSCH MILITAIRE DISCRET ?

Nous demandons à la France de clarifier sa position, car elle ne doit pas soutenir le prolongement de la dictature  en soutenant le Conseil militaire de transition (CMT), mais elle doit être du côté du peuple tchadien, opprimé.  

Nous, partis politiques tchadiens de l’Opposition, signataires de la présente déclaration, publions cette tribune à l’égard de son Excellence, M. Emmanuel Macron, président de la République française, qui se rend aux obsèques du président Déby, à N’Djaména, ce 23 avril 2021.

Le mardi 20 avril 2021, nous avions appris comme le reste du monde, le décès tragique du président de la République. Selon une déclaration faite sur les ondes des média d’Etat par une junte militaire composée de 15 Généraux qui s’est aussitôt emparée du pouvoir, le Chef de l’Etat serait décédé des suites de ses blessures, lors des combats avec les rebelles. Mais jusqu’aujourd’hui, le peuple est incapable de connaître les circonstances exactes de ce décès. Les combats se sont déroulés où exactement ? Quel jour ? A quelle heure ? Comment le président a été atteint par des balles ? Etait-il mort surplace ou après son évacuation sur la Capitale ? Ce sont autant de questions et bien d’autres que les Tchadiens se posent et qui restent sans réponses. Mieux, le doute et les soupçons persistent lorsque la junte militaire dissout le gouvernement et l’Assemblée nationale, suspend la Constitution, ferme les frontières terrestres et aériennes et décrète un couvre-feu, des caractéristiques somme toute, fondamentales d’un coup d’Etat. Pourtant, le président de la République, mort en fonction, il fallait s’en référer simplement à la Constitution. Pour nous, le président de l’Assemblée nationale qui aurait décliné l’offre de présider la transition est une manœuvre de diversion qui cache les intentions réelles de la junte militaire au pouvoir.

Monsieur le Président de la République française,

Nous vous interpellons, par cette tribune, à clarifier la position de la France, non par condescendance, mais parce que le Tchad est une ancienne colonie française et que, même lorsque le pays est devenu indépendant le 11 août 1960, l’influence de votre pays, comme grande puissance continue d’influer sur notre politique intérieure.

Le président Idriss Déby avait exercé sur le Tchad l’une des dictatures les plus implacables du continent. Cependant, l’amer constat montre que la France, connue comme un pays des libertés et de démocratie soutenait paradoxalement le régime dictatorial de Déby, au détriment du peuple tchadien, sous le prétexte que M. Déby était un « bon soldat » qui pourrait rendre service à la France, et donc en contrepartie, l’exécutif français devrait fermer les yeux sur les violations des droits de l’homme commises par le régime. La preuve, c’est que le Tchad est toujours classé dernier ou avant dernier pays par beaucoup d’organisations qui promeuvent l’Etat de droit, les libertés  et la bonne gouvernance dans le monde.

M. le Président Emmanuel Macron,

Après la prise du pouvoir par un coup d’Etat le 20 avril 2021, la junte militaire constituée de quinze (15) Généraux est dirigée par le Général Mahamat Idriss Déby Itno, le fils du défunt président Idriss Déby Itno qui venait d’être réélu la veille pour un 6e mandat, à l’issue d’un scrutin qui est tout, sauf, une élection, une véritable mascarade qui ne pouvait finir que dans la honte comme cela avait commencé.

Aujourd’hui, ce qui est important, c’est que la France, amie du peuple tchadien et non d’un individu ou d’un régime, appuie le peuple tchadien à, non seulement réussir cette période de transition très délicate, suite au décès de M. Déby qui avait sciemment refusé de préparer sa succession, sinon que par une dévolution monarchique, mais également l’organisation d’élections générales transparentes à la fin de la transition. Nous réitérons notre exigence de voir la transition être dirigée par des civils, c’est pourquoi nous voulons que la junte militaire puisse remettre très rapidement le pouvoir aux civils.

Le gouvernement civil qui dirigera le pays aura pour principales tâches, non seulement de préparer et réussir l’organisation de la présidentielle, des législatives et des communales à venir, mais ramener la paix et la stabilité dans le pays en organisant, pendant la période de transition un dialogue national inclusif qui doit réunir tous les acteurs de la vie sociopolitique de notre pays, y compris les politico-militaires, à qui un appel sera lancé par le gouvernement de transition civil pour déposer les armes et rentrer dans la République, pour bâtir ensemble le pays.

Monsieur le Président Emmanuel Macron,

Nous voudrions en conclusion, résumer notre position de la manière suivante :

Nous considérons le Conseil Militaire de Transition, le CMT comme une junte militaire dont nous exigeons la dissolution pure et simple et le transfert du pouvoir aux civils.

Nous exigeons que la France, si elle doit s’ingérer dans les affaires intérieures du Tchad, pour l’aider comme pays ami, que ce soit pour l’appuyer à maintenir la paix, la stabilité, mais aussi et surtout le développement sous toutes ses formes, et non en prenant acte de la mise en place du CMT que nous considérons comme une manière de cautionner et soutenir le prolongement de la dictature au Tchad.

Nous rappelons à la France que le Tchad était le premier pays à répondre à l’appel du Général De Gaulle pour faire face aux Nazi et donc la bravoure du peuple tchadien ne date pas de l’époque Déby. C’est dire que n’importe quel Tchadien qui prend les rênes du pays est conscient de la lutte contre l’insécurité et le terrorisme.

Pendant la transition, une nouvelle Constitution doit être élaborée et promulguée, en ayant comme repère la Constitution du 31 mars 1996 qui a fait l’unanimité entre les acteurs politiques et a limité le nombre de mandats présidentiels à deux (02).

Nous souhaitons que la période de transition soit la plus courte possible, douze (12) mois, à l’issue de laquelle des élections générales, présidentielle, législatives et communales cumulées doivent être organisées.

Enfin, nous demandons l’ouverture d’une enquête indépendante sur les conditions dans lesquelles le président Idriss Déby a trouvé la mort.

C’est seulement à ce prix que nous pourrions, avec l’aide des partenaires du Tchad, dont la France, assurer la paix, la stabilité, le développement et la prospérité  de notre pays, profitable à toutes et à tous.

Fait à N’Djaména le 22 avril 2021

Nous vous remercions.

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