TIC: « L’Afrique a du potentiel surtout dans le domaine de la télécommunication et du mobile money », Dina Mahamat Amadou

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Dans le cadre de la Journée Mondiale des Télécommunications et de la Société de l’information (WTIS) ; célébrée tous les ans le 17 mai depuis 1969, pour commémorer la création de l’Union internationale des télécommunications (UIT) et la signature de la première Convention télégraphique internationale, en 1865 dont le thème cette année « Accélérer la transformation numérique en ces temps difficiles ». Nous nous entretenons avec monsieur Dina Mahamat Amadou, un fin connaisseur des Télécoms en Afrique et actuellement Directeur Général d’Airtel Seychelles.


Monsieur le directeur général, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?


C’est toujours très difficile de parler de soi, mais je vais essayer de résumer en quelques mots. Après les études, j’ai commencé ma carrière en tant qu’auditeur-comptable et financier dans l’ un des grands cabinets d’expertise comptable au Bénin. Par la suite, j’ai rejoint l’un des géants mondiaux des groupes pétroliers au Tchad comme analyste comptable et financier. Finalement, j’ai basculé dans le monde du télécom en étant contrôleur Gestion au Congo Brazzaville, Directeur Financier à Madagascar et au Malawi, et en même temps j’ai assuré l’intérim du Directeur Général au Malawi et avant d’être nommé Directeur Général aux Seychelles où je suis encore actuellement. Je suis titulaire d’un MBA de l’IAE Paris Panthéon Sorbonne et je suis aussi certifié Manager Marketing et Commercial de Niveau 7 de l’IFG de Paris. En Bref, je peux dire que c’était un véritable parcours du combattant qui demande beaucoup de patience et sacrifice tant au niveau professionnel que familial.


Vous êtes parmi les rares tchadiens à diriger une filiale d’un grand groupe de télécoms. Que représente cela pour vous-même et pour votre pays ?

C’est à la fois un honneur et un privilège pour moi de servir un des géants du télécom dans le monde comme Bharti Airtel, et en même temps être le porte-fanion de mon pays étant parmi les rares dirigeants d’entreprise tchadiens dans un tel Groupe multinational de Télécoms. Cette confiance me donne une certaine fierté pour le Tchad. Mais ça représente également une grande responsabilité de porter le drapeau de mon pays partout où mes compétences sont sollicitées. Je continuerai à donner le meilleur de moi-même pour hisser encore ce drapeau le plus haut possible.

A Quelles sont les facteurs essentiels de votre réussite ?


Tout d’abord, j’accorde une grande importance à la discipline. Je ne me fixe pas sur les erreurs du passé ; j’apprends plutôt de mes erreurs et je passe à autre chose. Je suis aussi profondément conscient que l’apprentissage ne s’arrête jamais et j’apprends donc constamment surtout de ceux qui m’entourent. Je crois fermement aux gens et au travail d’équipe. Par la suite, l’honnêteté dans tout ce que l’on fait au quotidien. Et enfin, se fixer des objectifs assez ambitieux et travailler sans relâche pour les atteindre.


Qui vous a le plus influencé dans votre carrière et pourquoi ?


Je ne dirais pas qu’une personne en particulier a vraiment eu un impact sur ma vie. Quand j’y pense, je suis grandement inspiré par des gens ordinaires qui ont des qualités extraordinaires. Mon Père par exemple a su inculquer en moi le sens de l’humilité et de l’intégrité; ma mère a su transmettre l’importance de la résilience face aux défis de la vie. Et mes Chefs, chacun a contribué d’une façon ou d’une autre à améliorer la personne que je suis.


Quelle est la partie de votre travail qui vous garde éveiller pendant la nuit ?


La satisfaction des clients sur nos produits et notre service passe avant tout et c’est qui me tient éveillé toutes les nuits. Cela m’inquiète énormément lorsque nous subissons des pannes de réseau, car je suis parfaitement conscient des désagréments que ça peut occasionner chez nos clients pour lesquels nos produits sont devenus une partie intégrante de leur vie. De ce fait, je ne cesse de réfléchir constamment à la façon d’améliorer le quotidien des usagers de nos services en mettant en place des solutions innovantes.


Quels sont les impacts de la pandémie Covid-19 dans le secteur du télécom ?


L’impact varie selon les continents. Cette pandémie nous a montré combien les technologies numériques sont devenues un catalyseur essentiel facilitant la continuité et la « normalisation » de notre monde économique et social. Grâce aux ordinateurs et smartphones pouvant se connecter aux différentes plateformes en ligne, le monde a su s’adapter très vite aux nouvelles réalités imposées par le Covid-19. Certaines de ces pratiques peuvent devenir même de « nouvelles normalités » ou au moins jusqu’à ce qu’une solution à long terme aux défis actuels, comme un vaccin, soit trouvée. De ce fait, l’accès à une infrastructure numérique robuste et à la pointe de la technologie s’avère maintenant plus que vital pour toute organisation et pays voulant garder la tête hors de l’eau dans l’état actuel des choses.
Du commerce à l’éducation, tout commence à se faire en ligne et à distance. La pandémie a accéléré la digitalisation et virtualisation d’une grande partie de nos train-train quotidiens.
C’est dans ce contexte que les opérateurs télécoms doivent maintenant jouer leur rôle de fournisseur de services essentiels afin d’accompagner les gens à entrer dans cette ère numérique, notamment en Afrique subsaharienne où la réduction de la fracture numérique reste encore un énorme défi à relever mais comme on dit « à cœur vaillant rien n’est impossible ».


Quel message adressez-vous aux jeunes et futurs entrepreneurs de l’Afrique ?


L’Afrique a du potentiel surtout dans le domaine de la télécommunication et du mobile money. Notre continent possède la croissance démographique la plus forte ainsi que la population la plus jeune de la planète. Si l’Europe tourne autour de 16%, l’Afrique avoisine les 35%. C’est gigantesque comme potentiel. Il faut que notre jeunesse s’acharne et s’engage envers les choses qui sont importantes dans la vie. Il faut aussi être patient. Le succès est un long voyage dont le chemin est tracé de faux pas, de mauvaises décisions, de découragement, de plans biaisés et parfois d’échecs. Il faut savoir lâcher prise ; si quelque chose ne fonctionne pas, apprenez de la situation et passez à autre chose. Et pour finir il ne faut surtout pas s’arrêter d’apprendre. On ne peut jamais être trop bon et les opportunités d’apprentissage sont partout. Ne prenez personne pour acquis. Traitez tout le monde avec respect.


Quel est votre opinion sur la situation politique actuelle qui prévaut au Tchad ?


Habituellement je n’aime pas aborder les questions politiques dans mes interviews mais le contexte actuel m’y force. Tout ce que je peux dire, que la Paix règne dans notre beau pays, le Tchad et que le Tout-Puissant puisse unir nos cœurs afin de bâtir un Tchad meilleur.

Récemment, vous étiez en visite au Tchad et vous avez donné un certain nombre de conférences s’adressant particulièrement aux jeunes. Qu’est ce qui vous a motivé à faire ça ?


Au même rythme que je continue à apprendre au quotidien, j’aime aussi partager le peu de connaissances que j’ai acquises avec nos jeunes frères et sœurs. Vous savez, le fait de travailler dans plus de neuf (09) pays différents avec des cultures et langues différentes c’est déjà une très grande école. Ajouter à cela j’ai eu la chance d’assister à des formations dans des universités de renom à travers le monde avec de très grands professeurs mondialement reconnus. Je sais que ce n’est pas donner à tout le monde, voilà pourquoi en échangeant et partageant avec mes frères et sœurs lors de mes vacances au Tchad, j’apporte ma pierre à l’édifice de demain qui va être sûrement bâti par la jeunesse d’aujourd’hui. Et surtout motiver nos jeunes à rêver très grands et aspirer à des carrières internationales hors de notre pays. Je profite de l’occasion pour remercier tous les centres qui ont bien voulu faciliter l’organisation de ces rencontres.

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