Tchad : « il ya des tchadiens qui ne peuvent vivre sans voir du sang de leurs compatriotes versé », Pr Avocksouma

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Voici une analyse faite par Avocksouma Djona Atchénémou, membre du Bureau Exécutif de l’UNDR, sur le cas de meurtres et assassinats qui se répètent au Tchad. L’année 2020 est selon lui, un rituel ou il ne peut se passer une un moment sans que des Tchadiens s’étripent ou poussés à s’entretuer

« C’est comme si le diable en personne était au contrôle »

Des milliers des tchadiens qui ne peuvent vivre sans voir du sang de leurs compatriotes versé, généralement pour des futilités. Le Pr Avocksouma révèle qu’en général l’on voit le cas des assassinats et meurtres comme une pratique dans l’ordre de choses. Il souligne que les médias publics se taisent surtout lorsqu’on ne leur a pas donné l’ordre de raconter de niaiseries. Une histoire plutôt tragique mais qui remonte au bon vieux temps « C’est depuis 1960 qu’on continue de mourir ainsi. Tout le système politique mis en place depuis plus de trente ans ne vit que de la mort des Tchadiens. Il n’y aura pas d’exception en 2020-2021, surtout que l’élection présidentielle est en vue. Une dîme de sang. Circulez, il n’y a rien à voir ». Il se déchaîne et fait mention de plusieurs cas de manœuvre.

C’est le cas dans la Kabbia, « c’est un m’écœure non seulement parce que c’est chez moi, mais parce qu’on a l’impression que les autres tueries des Tchadiens n’ont jamais servi à rien »

Cette tuerie à Miski, ne concerne pas les Sudistes, pas plus que les Kanembous ou autres Massa. C’est une indifférence la plus absolue.

Quelle est la place de la République dans tout ça ?


Mieux, lorsqu’il y a des victimes, chacun ne s’intéresse qu’à la catégorie des victimes et au nombre des pertes humaines à faire repartir. Un fait qui sur lequel s’interrogentent les tcahadiens. Qui sont réellement les principales victimes ?

Le Pr Avocksouma revient sur plusieurs faits réels.

 Le 14 Mai, un conflit entre cultivateurs et éleveurs survenu à Boum, un village situé à 9 kilomètres de Mbaibokoum au Sud s’est soldé par 2 blessés. Tout serait parti de la dévastation de champs en pleine évolution germinative par de troupeaux des éleveurs. Pour rétablir l’ordre public, une autorité administrative de la région a tout simplement interdit certains paysans de cultiver leurs champs.

 Le 15 Mai, un autre affrontement entre les populations des villages Bekormane et Doguindi dans le Logone Oriental au Sud, s’est soldé par un mort, plusieurs blessés et des cases incendiées. Tout serait parti des disputes au sujet de l’acquisition d’espaces cultivables autour de ces villages.

 A Béboto du mois du même mois de Mai, dans le département de Kouh-Ouest, toujours au Sud, un homme, la quarantaine révolue, fut tué par des éleveurs aux alentours de son champ. Motif, la victime aurait volé un mouton leur appartenant.

 Entre les mois de Mai et Juin, dans la province du Ouaddaï au Nord-Est du Tchad, des échauffourées ont éclaté entre éleveurs nomades arabes et cultivateurs autochtones où au moins 35 personnes sont mortes.

 Dans la province de Sila à l’Est, ce sont 23 personnes qui ont été tuées et trois villages incendiés et la dévastation des champs par des troupeaux de dromadaires. Des éleveurs sont accusés de bénéficier de l’impunité de la part des autorités administratives et militaires. Ces communautés se sont affrontées avec des armes de guerre. Une situation qui a conduit le gouvernement à instaurer l’Etat d’urgence dans ces localités suivie d’une opération de désarmement des civils.

 Le 09 juin au village de Bendoh, dans le Logone occidental au Sud, les autorités administratives locales ont mis en débandade les paysans qui étaient en train de labourer leurs champs. Leur objectif était de chasser les paysans des parcelles et de les attribuer à un éleveur pour en faire un ferrick.

 Au village Djoye 1 au Sud, un conflit entre agriculteurs et éleveurs a fait 3 morts et des déplacés. Tout serait parti de l’attribution aux éleveurs du terrain réservé pour la construction d’un collège communautaire.

 Le 27 juillet dans la sous-préfecture de Danamadji à Mordji 2, province du Moyen Chari au Sud, un jeune agriculteur âgé d’une vingtaine d’année et son grand-frère ont été blessés au couteau par les éleveurs. Ce dernier fut accusé d’avoir blessé un mouton ayant dévasté son champ, alors qu’il conduisait le troupeau de moutons à leur propriétaire.

 4 et 5 juillet 2019 dans le village Kolong dans la Tandjilé est une tuerie organisée et non un conflit intercommunautaire, moins encore un conflit éleveurs/agriculteurs, les éléments des forces de défense et de sécurité ont tiré à bout portant sur les gens, tuant une dizaine de personnes.

 Le 20 juillet, à Tchiré dans la province de la Tandjilé au Sud un conflit entre agriculteurs et éleveurs se solde par au moins six morts et une vingtaine de blessés. Tout serait parti de la fermeture des couloirs de passage des animaux, l’occupation des aires de stationnement et surtout la divagation des animaux dans les champs installés sur les aires de stationnement et dans les couloirs de passage.

 En août à Koumogo dans le Moyen-Chari au Sud, un conflit éleveurs-cultivateurs, a fait 10 morts et des blessés. Les armes à feu ont été utilisées par les éleveurs. La dévastation répétitive des champs par un groupe d’éleveurs est à l’origine de ce conflit.

 Au moins 37 personnes ont été tuées en trois jours de combats entre agriculteurs et éleveurs, dans l’est du Tchad, a annoncé vendredi 9 août le président Idriss Déby Itno à la presse. « Le conflit intercommunautaire est devenu une préoccupation nationale, on assiste à un phénomène de mal vivre. En trois jours, 37 Tchadiens ont été tués dans le Ouaddaï », province de l’est du Tchad, a déclaré le chef de l’État, lors d’une conférence de presse organisée à N’Djamena.

 Le 26 Octobre, au village Bande, dans le canton Boi-Bessao, département des Monts de Lam au Sud, un conflit éleveurs-agriculteurs autour de la dévastation des champs a fait deux morts et plusieurs blessés.

 Le 10 novembre à Barakala sous-préfecture de Maabrone province du Ouaddaï au Nord-Est, une jeune fille a été bastonnée par un groupe d’éleveurs. Son tort était d’avoir demandé à ce groupe d’éleveurs de retirer leurs chameaux du champ d’arachide.

Tous ces événements douloureux ne sont pas spontanés, et ne semblent pas être organisés par des inconnus. Que ceux qui croient que leur pays est ailleurs n’ont qu’à quitter notre pays, et nous laisser en paix.

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