Poutine à la conquête du continent africain: nouvelle aire d’influence de Moscou

0
872

A l’heure où la menace russe attire l’attention de l’OTAN, des Etats-Unis et de l’Union Européenne, à l’heure où Moscou est pris en étau entre les manœuvres occidentales sur son flanc Ouest, et la Nouvelle Route de la Soie chinoise au Sud-Est, la Russie réinvestit son champ de bataille idéologique en Afrique.

La France est présente traditionnellement sur le continent Africain. Elle y assure une partie du maintien de la sécurité et lutte contre le djihadisme qui gangrène certaines régions. Paris intervient et est intervenu en Côte d’Ivoire avec l’opération Licorne (depuis 2002), en Libye via Harmattan (2011), au Mali avec Serval (2013-2014) puis Barkhane (depuis 2014), au Tchad avec l’opération Epervier (1986), en Somalie avec Atalante (depuis 2008) dans la lutte contre la piraterie, ou encore en Centrafrique au travers de l’opération Sangaris (2013-2016).

Durant la Guerre Froide, les possessions françaises étaient jalousement défendues face à l’emprise grandissante des soviétiques s’immisçant lors du coup d’Etat en Somalie en 1969, ou en Ethiopie suite à la guerre de l’Ogaden en 1977. Moscou avait su se rendre indispensable auprès des mouvements de libération nationale à forte inspiration marxiste et prônait le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes à condition d’être à la disposition du nouveau grand-frère Slave.

Les officiers russes étaient présents dans tous les brasiers du grand continent. Les émissaires du communisme s’insinuaient auprès des groupes armés de libération, comme Che Guevara qui tenta d’exporter la révolution en RDC en 1965. Les cas du Mozambique et de l’Angola illustrent parfaitement ce partenariat noué sur fond de guerre de décolonisation et d’émancipation face à l’ancienne puissance tutélaire, le Portugal. L’ancien empire soviétique savait organiser et former les cadres des futures révolutions en les invitant étudié à l’Université Patrice Lumumba de Moscou.

Une nouvelle multipolarisation des relations internationales

Dans cette optique de favoriser le développement des pays les plus pauvres d’Afrique, Moscou a marqué les esprits en effaçant 20 milliards de dollars de dette de ces Etats. Cet acte avait pour objectif de s’attirer les louanges de pays africains, considérant que le FMI serait plus hésitant à faire preuve d’autant de mansuétude. Mais le geste de Vladimir Poutine n’était en rien désintéressé.

Sur fond de multipolarisation des relations internationales et de realpolitik exacerbée, l’Afrique redevient un théâtre de jeux d’influence comme au temps de la Guerre Froide.

La Chine s’invite quant à elle au concert des nations en Afrique afin de profiter d’un sous-sol riche en matières premières et minerais (diamant, bauxite, or, lithium, cuivre…). Pour ce faire, Pékin promeut un développement rapide des territoires, par la construction de ponts, autoroutes et chemins de fer facilitant l’acheminement des richesses collectées.

Les Russes se focalisent davantage sur la sécurité et le maintien de l’ordre. Leur présence se matérialise par la conclusion d’accords militaires et l’envoi de conseillers militaires et instructeurs des troupes. Moscou n’en n’oublie pas pour autant son approvisionnement en matière premières à coût modique. L’extraction minière semble avoir la préférence de la Russie qui, par le biais du géant Rusal, exploite les mines de bauxite de Dian-Dian en Guinée.

Bien que riche en diamants, la Russie rencontre des difficultés pour son exploitation compte-tenu de la rudesse du climat à l’Est de l’Oural. Dans ces conditions, l’accès privilégié au marché de l’Angola offert à la société Alrosa permettra un approvisionnement important du pays. De plus, l’implantation de la société s’étend au Zimbabwe où elle est prête à « partager toutes ses technologies et son savoir-faire avec ses collègues afin que le Zimbabwe se fasse une place dans le marché mondial de l’extraction de diamants », selon les mots du président Serguei Ivanov.

Les liens unissant le continent africain à Moscou sont anciens. Ils remontent au début du 18ème siècle avec l’ascension d’un jeune prince né sur les bords du Lac Tchad vendu comme esclave aux Turcs et finalement affranchi par le Tsar Pierre Le Grand qui en fera son conseiller particulier : Abraham Hannibal. L’homme passera à la postérité pour avoir été le père spirituel du Maréchal Souvorov.

Une nouvelle emprise russe

Loin de ces souvenirs, la Russie se déploie aujourd’hui en Afrique, par la conclusion de près d’une vingtaine d’accords militaires au sein du continent. Un des accords les plus ambitieux fut conclue entre Moscou et l’Angola sur la fourniture à Lunanda d’un satellite de télécommunications, le premier du pays. Mais suite à des problèmes techniques lors du lancement en décembre 2017, un nouveau modèle l’Angosat-2 devrait être lancé depuis le cosmodrome de Baïkonour d’ici 2020.

Facebook Comments

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici