N’Djamena-cherté de vie: « Tant qu’il n’y a pas de suivi on va toujours se retrouver chaque année avec le phénomène cyclique et des grognes sociales…», Daouda El-Hadji Adam.

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Comparativement aux années précédentes, l’on constate cette année à N’Djamena une flambée des prix des denrées de première nécessité sur les marchés. De ce constat, nous nous sommes rapprochés auprès du Secrétaire général de l’Association de Défense des Droits des Consommateurs (ADC), Daouda El-Hadj Adam qui souligne le manque de planification, d’organisation et d’allocation des ressources dédiées aux secteurs des denrées de premier nécessité.

Tachad.Com : En tant que le SG de l’ADC que pensez-vous de hausse des prix sur les denrées alimentaires ?

Daouda Elhadj Adam : Tout à fait, nos enquêtes sur les marchés confirment une hausse des prix sur les denrées de première nécessité et cela s’observe tant au niveau des produits locaux au Tchad ainsi que les produits importés. C’est une situation qui pèse sur le poids d’achat de ménage parce que les hausses sont de fois jusqu’à 25,30 à 40%. Nous trouvons que cela est exagéré. L’ADC a toujours soulevé ce problème et les réponses qu’elle trouve est qu’il y a une faiblesse au niveau de la production, l’État n’investit pas assez dans l’agriculture et l’élevage.

Malgré l’appel au retour à la terre, je ne pense que cela est suffisant. Il n’y a pas un système de suivi dans la distribution des produits sur toute l’année. Il y a des périodes qu’on produit assez de tomate, comme on n’arrive pas à organiser, aujourd’hui la tomate coûte chère. Le riz aujourd’hui c’est une évidence mais on ne produit pas assez ni même le maïs. Pourtant ces produits sont consommés par les tchadiens et même le blé dont nous fabriquons le pain est importé. Il y a une faiblesse des instances en charge de la régulation du prix et la surveillance de la production ainsi que sa commercialisation. Il y a la défaillance de l’État à ce niveau car il a sous-estimé ce problème de sur quoi la population tchadienne augmente chaque jour et le besoin est grand.

Les importations qui doivent combler le déficit au niveau national s’est heurté avec le problème de la douane et le Covid-19 que nous avons connu qui vient s’ajouter et aussi le fait que les taxes de l’exonération n’ont pas eu d’effet dès le premier mois de janvier. L’association cotonnière qui a annoncée sa production d’huile de palme n’a pas été effective. Il y a eu aussi une sortie massive des arachides du coup ça privé le pays des produits locaux et de l’huile. Donc toutes ces choses, c’est le manque de planification, d’organisation et d’allocation des ressources dédiées aux secteurs des denrées de premier nécessité, ce qui fait que le Tchad malgré le potentiel que nous avons, nous continuons d’importer massivement d’huile de l’Asie. Nous continuons à importer du sucre partout et il n’y a pas une régulation à tel enseigne qui ont suivit les stocks et anticipé logiquement l’Office national de sécurité alimentaire (ONASA) qui doit avoir les capacités d’intervention pour casser les prix, pour intervenir sur les marchés aussi brille par son absence. C’est alors l’occasion pour nous de les interpellés.

Tachad.com : qu’est-ce que cet office doit faire ?

C’est quand même une structure qui reçoit beaucoup d’argent et normalement cette structure devrait avoir des stocks pour intervenir pendant le moment de soudure. Mais malheureusement, ce n’est pas le cas et les tchadiens se plaignent. Aujourd’hui on n’arrive pas à joindre les deux bout alors c’est un problème fondamental sur lequel nous pensons que le gouvernement de la transition doit s’attaquer véritablement à mettre la main qu’il faut pour que les instances de régulation marchent afin que l’agriculture soit boostée. Tous les projets agricoles aujourd’hui n’atteignent pas leurs objectifs et nous allons continuer à importer lorsqu’il y a pas des problèmes sur ces importations, il va de soit avec le climat des affaires qui n’est pas vraiment serein entre les opérateurs économiques, les autorités douanières et l’État. En plus vous avez les ententes, les positions dominantes, la non-maîtrise par les gouvernants de stocker des produits importés et des produits locaux. « Tant qu’il n’y a pas de suivi on va toujours se retrouver chaque année avec le phénomène cyclique et avec des grognes sociales qui constituent une demande sociale forte ».

Tachad.Com : Face à cela que fait l’ADC ?

Daouda Elhadj Adam : L’ADC interpelle les autorités de l’État dans sa responsabilité régalienne d’agir, de faire sortir les stocks au niveau de l’ONASAT. Il y a des stocks de sécurité alimentaire : le maïs et le riz. Il faut les mettre sur le marché à des populations surtout défavorisés, qu’on puisse leur vendre à des prix subventionnés (acceptables). S’il y a des huiles il faut les faire  sortir, les distribuer au moins pour que ça interviennent mais aussi accélérer  les besoins aux importations qui traînent en douane. Il faut y trouver des solutions parce que c’est en cela que ça va combler. Alors si c’est maintenant que les commerçants doivent lancer des commandes, la population tchadienne doit être patiente jusqu’au moment de la production des céréales puisse être au marché or nous sommes au début de soudure.

Cette situation qui interpelle le gouvernement, nous ne sommes que les portes voix de ces consommateurs pour dire voilà c’est une situation préoccupante et tout gouvernement responsable doit prendre les mesures qui s’imposent très tôt et rassurer la population, redonner confiance à la population et apporter des solutions concrètes pour faire face à cette situation de crise, et dont nous lançons un cris de cœur, nous interpelons le pouvoir public pour vraiment résoudre ce problème mais aussi prendre une disposition pour apporter les actions collectives à court terme mais aussi monétaire. Ça fait 15 ans déjà (2006-2007) qu’on parle de la cherté de vie mais on n’a pas trouvé une bonne solution à cela. Ça fait très mal d’en parler à chaque fois, de faire des propositions qui ne sont pas prises en compte. Que pouvons-nous faire ? En tant que citoyen, c’est notre devoir de les interpeller et proposer des solutions.

Tachad.Com : l’année passée en cette période, il y avait une initiative juste prix qui avait quand même pu faire quelque chose mais cette année que fait le juste prix ?

Daouda Elhadj Adam: Le juste prix est une initiative je dirai un peu des opérateurs économiques en accord avec les autorités. C’est une initiative qui se dit citoyenne où les opérateurs économiques ont décidé à leur niveau d’apporter leur contribution pour essayer de réguler. Tous ça ce sont des actions qui sont pour nous ponctuelles.  Le vraie problème dans tous les pays du monde, il faut que la loi sur la protection des consommateurs qui est adoptée en 2015 soit appliquée. Ça veut dire qu’il faut une affichage de prix, il faut des mesures et lois respectées, il faut qu’on ait l’œil sur les produits d’où ça vient, d’où ça part ou que le ministère des commerces ait un niveau, une connaissance des niveaux des stocks sur le marché que si on sent que ça va avoir des pénuries on peut anticiper. On voit avec les grossistes pour importer. Nous pensons que c’est à l’État de gérer ce problème si l’État favorise une forte production, une forte exploitation de nos terres. Amené ces chômeurs au Tchad à devenir des entrepreneurs agricoles et qu’on les accompagne en développant l’énergie, favoriser l’industrialisation. Si seulement ces choses sont faites, nous n’allons pas nous retrouver dans ces situations aujourd’hui.

Les périodes de production de tomate, elle (tomate) ne coûte que 5 000f à 7 000 FCFA la caisse (forme à peu près 1m cube). On a des espaces cultivables. Il suffit juste que le ministère de l’agriculture puisse faire normalement son travail, qu’il accompagne avec des institutions de financement qui accompagnent le développement agricole. Malgré les tracteurs qu’ils ont offertes, il faut développer la zone d’exploitation de production agricole comme Bongor, encourager  agriculteurs locaux à produire  en les aidant à exporter leurs produits mais avant il faut que ces produits soient transformés pour être vendus sur le marché national et exportés.

Tant qu’on ne produit pas assez, qu’il n’y pas des routes qu’il faut et qu’on a pas une autorité qui s’impose  au niveau du marché. Tant qu’il n’y a pas une visibilité sur nos importateurs, producteurs avec des rétentions de Stocks qui sont dans les quartiers où aucun ministère ne maîtrise et aucun ministre ne cherche à maîtriser et dont c’est un laissez-aller et dans ce désordre, dès qu’il y a une même occasion, celui qui est plus fort profite et le consommateur qui est là affaibli, il n’a pas d’autres choix que  se rallier, se rabattre et contraint d’acheter avec ce prix .

Entretien realisé par Tenblane Angele (Stagiaire)/K.E

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