La Russie à la reconquête de l’Afrique : La place cruciale des partenariats énergétiques

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Les partenariats russes conclus avec des pays d’Afrique ne se limitent pas aux domaines aérospatial et militaire, afin de sécuriser certains pays du continent. Les accords commerciaux sont une option permettant de conserver une certaine emprise.

C’est le cas des accords touchant les approvisionnements pétroliers et leur protection. Moscou a porté son attention sur l’Algérie. En effet, en 2018 l’entreprise d’Etat Sonatrach et la société Transneft ont conclu deux contrats comprenant la sécurisation des infrastructures de transport et de stockage des hydrocarbures liquides.

Les partenariats énergétiques s’étendent également au nucléaire, puisque Moscou a signé avec le gouvernement de Zambie, un accord fin novembre 2018 portant sur la construction d’un réacteur de recherche, dont le début de la construction est prévu pour l’année 2019. Cette signature était précédée par la conclusion d’un contrat de coopération concernant la construction d’un Centre de sciences et de technologies nucléaires, intervenu en février 2018.

Enfin, la Russie supplante Washington au pays des pharaons en construisant la première centrale nucléaire du pays, marquant un changement de posture des égyptiens. En effet, le gouvernement avait été abandonné par Barack Obama lors de la révolution de 2011, dans le sillage du Printemps Arabe qui aboutira à la chute du président Moubarak et l’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans.

La Russie a aussi soutenu le Nigéria dans son ambition de développement nucléaire, puisque les deux partenaires ont signé des accords portant sur la construction, la gestion d’une centrale ainsi que d’un centre de recherche. Le complexe sera conçu par la firme russe Rosatom. Le nucléaire se révèle être le sujet majeur des accords-cadres signés par Moscou avec des pays tels que le Rwanda, ou le Kenya, dont il assure le développement énergétique, ce qui offre de fructueux débouchés au géant Rosatom.

Les exemples édifiants

Parlant des exemples, il y a deux pays qui illustrent belle et bien cette nouvelle politique ambitieuse de la Russie sur le continent. Mais ce qui inquiète les anciennes puissances coloniales : Le Soudan et la Centrafrique. Historiquement, le premier se trouvait sous giron britannique depuis la bataille d’Omdurman le 2 septembre 1898, le second se situait au sein de l’AEF.

Le Soudan se révèle en effet être actuellement un point stratégique pour Moscou dans sa reconquête d’influence en Afrique. La présence russe se décline sous deux formes, énergétique et militaire. Un plan a été signé en décembre 2018 avec Khartoum pour la construction d’une centrale nucléaire confiée à Rosatom. De plus le régime du général El-Béchir, fortement critiqué au niveau international, peut compter sur le soutien du régime de Vladimir Poutine pour assurer un certain ordre, et profiter de ses entrées pour entrainer sur place les troupes de la société de mercenaires Wagner. Les chiens de guerre sont notamment accusés de soutenir le pouvoir qui fait face depuis décembre 2018 à d’importantes manifestations demandant le changement d’un régime, en place depuis la fin des années 1980.

La Centrafrique, ancien empire de Jean-Bedel Bokassa 1er, proche du président Giscard d’Estaing, est aujourd’hui en train de devenir le principal allié de la Russie dans la région. Depuis l’opération Sangaris menée par Paris, le calme n’est pas complétement revenu à Bangui et une forte portion du territoire national n’est pas sous contrôle total de l’Etat. Les milices armées continuent d’exercer une menace et se livrent à de nombreuses exactions. La Russie est arrivée au sein du premier cercle du président Faustin-Archange Touadéra. En effet, la sécurité du chef de l’Etat avait été confiée aux casques bleus, agissant dans le cadre du mandat de la MINUSCA (mission de l’ONU en Centrafrique).

Ce sont à présent les forces spéciales russes qui escortent le président. Afin de sécuriser le régime contre toute tentative de coup d’Etat, Moscou a adjoint au président un conseiller à la sécurité, Valery Zakharov. La France perd progressivement pied sur ce territoire. L’exemple le plus éloquent étant le blocage initié par la Russie à la livraison d’armement par la France à destination de Bangui. Les armes en question, des AK-47 qui avaient été saisies en Mer Rouge au large des côtes Yéménites par la frégate « La Provence », seront finalement livrées en retard.

Face à la situation que connait le pays depuis la Troisième guerre civile débutée en 2013, l’ONU avait voté un embargo sur le commerce des armes à destination de la Centrafrique afin de prévenir de possibles massacres. Néanmoins, suite à d’habiles négociations diplomatiques, Moscou est parvenue en décembre 2017 à obtenir une exception pour faire parvenir de l’équipement militaire à destination des Forces Armées Centrafricaines (FACA).

Les premières livraisons sont intervenues en janvier 2018. Le pays, déchiré entre milices Seleka (majorité musulmane) fidèles au président Michel Djotidia, et milices anti-balaka (majorité chrétienne et animiste) soutenant le président François Bozizé, a été laissé seul et la Russie a su profiter de la situation. La ministre française des Armées soulignait même « la contribution positive de la Russie ». Moscou a dépêché près de 300 instructeurs chargés de former les FACA, un symbole fort. Les livraisons russes d’armes intervenues entre janvier et février 2018 se composèrent de : « 6 200 Ak-47, 900 Makarov, 270 RPG 7 et 20 canons anti-aérien ».

Comme à l’époque de l’empire soviétique, les officiers africains sont formés dans les académies russes. La Centrafrique, le Burkina Faso, l’Angola, le Rwanda et le Congo ont signé des accords, comprenant fourniture d’armes russes et formation de leurs officiers. L’Afrique attire 42% des exportations d’armes russes. La Russie exerce un véritable pouvoir sur le continent africain, par des partenariats militaires, énergétiques, commerciaux, et affirme son influence face à des régimes soutenus par la France, tel le Tchad.

Guindo Issiaka, Étudiant, Correspondant Tachad.com 

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